étude de cas

la vue dynamique de GOOGLE GEmini 3 : mort annoncée des sites d’information ?

Google Gemini Scrabble

Google a récemment lancé une nouvelle fonctionnalité intitulée « vue dynamique » (ou Dynamic View). Elle marque un tournant majeur dans l’évolution de Gemini. L’I.A. de la firme californienne passe d’un simple « chatbot » à un véritable générateur d’interfaces personnalisées. L’outil génère des pages de présentation à la volée, synthétisant l’ensemble des résutlats qu’elle trouve sur Internet. Une nouvelle étape est franchie dans l’occultation des sources qui nourrissent les Intelligences Artificielles depuis plusieurs années.  Cette innovation porte un nouveau coup très sévère au modèle économique des sites d’information. Signe-t-elle la fin d’une ère de la presse  et des sites éditoriaux indépendants ?

Catégories

IA / Intelligence Artificielle
Tendances sociétales
Référencement

Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

 » Il faut remettre en perspective l’évolution du traitement des contenus produits par les sites éditoriaux depuis plus de 20 ans. »

Symbolisation d'une intelligence artificielle (pexels.com)

Evolution des relations entre moteurs de recherches et producteurs de contenus

Des origines du référencement aux début des dérives des géants de la recherche en ligne

Vous vous souvenez peut-être des débuts du Web où les IP étaient le moyen d’accéder à une page sur un serveur. Puis, sont ensuite venus les DNS qui ont permis d’associer un nom de domaine à une adresse IP. Il est ainsi devenu plus facile de s’y retrouver et il a suffi de se souvenir du nom du domaine et de son extension (.fr, .com ou autre) pour le retrouver. Au fil des années, le nombre de pages traitant d’un même sujet a augmenté, encore et encore jusqu’à ce que la recherche humaine trouve ses limites. Des outils ont dû été développés pour permettre de lister les sites de la thématique souhaitée. Les moteurs de recherche sont nés pour répondre à ce besoin.

Cette surabondance de pages a entraîné la course au référencement naturel. En jouant avec les algorithmes des moteurs de recherche, les référenceurs ont déployé mille stratégies pour figurer le plus haut possible dans la page de résultats. Les moteurs n’ont cessé de faire évoluer leur technologie pour contrer ces stratagèmes.

De la présence en première page, les référenceurs ont cherché à atteindre le top 3, puis la position 1.

 

« Si c’est gratuit, c’est toi le produit »

En parallèle, les espaces publicitaires ont largement investi les pages de résultats de recherche, de même que le référencement payant s’est généralisé : « si tu n’est pas assez bon pour bien figurer en haut d’une page de résultats à l’issue d’une requête, tu peux toujours payer pour être mieux placé ». Ainsi, au fil du temps, les résultats naturels sont descendus dans les pages pour laisser place aux liens sponsorisés. Le SEA s’est développé avec des systèmes d’enchères sur les mots clés. Par ailleurs, les cookies mis en place ont permis de capter de plus en plus de données sur les usagers, pour des publicités toujours plus ciblées et pertinentes.

Une situation quasi-monopoliste dangereuse

Autant de majoritairement revenus majoritairement captés par un Google quasi monopolistique avec 87% de part de marché en 2025 en France en 2025. Un chiffre colossal si l’on réfléchit au pouvoir que cela donne à la société d’Alphabet, maison-mère de Google. Du jour au lendemain, le moteur peut arbitrairement décider de désindexer une page et signer son arrêt de mort numérique. Il reste bien sûr les réseaux sociaux, mais le serveur rendu n’est pas nécessairement identique.

De même que si le site éditorial vendait des espaces publicitaires sous forme de Adwords, Google peut décréter que vous êtes allé à l’encontre d’une de ses règles et vous bannir définitivement de son programme, vous privant d’une source de revenu, sans véritable moyen de contestation de la décision. Parvenir à dialoguer avec une personne physique de ces questions relève de la mission impossible.

Pourquoi souligner ces points ? L’article devait initialement traiter de Gemini !

Nous allons y venir ! Ce raisonnement a pour finalité de montrer que les sites avec un contenu éditorial a forte valeur ajoutée ont vu leurs possibilités de générer des revenus fondre comme neige au soleil depuis 20 ans.

Ordinateur avec moteur de recherche Google
La position zéro sur Google

La position zéro : le début de la fin pour les sites d’information ?

Est ensuite arrivée ce que les référenceurs ont appelé la position zéro : un extrait dépouillé du contenu produit par un site. C’est à dire que le moteur de recherche met en avant un site au dessus de tous les autres. Une position fort intéressante mais ultra-concurrentielle. Cette fonctionnalité a marqué un premier virage dans le dépouillement des droits d’auteurs des sites. En effet, bien que le site source soit cité, il n’est plus nécessaire de le visiter pour trouver la réponse à sa question. Il suffit de la lire directement sur la page de résultats du moteur de recherche.

Moins de clics pour le site = moins de visites = moins de revenus publicitaires. CQFD.

Les réseaux sociaux entrent dans l’équation

En parallèle, les sites d’information ont connu un autre bouleversement : l’arrivée des réseaux sociaux. Le fait que les internautes puisse poster des contenus par eux-mêmes a complètement bousculé le monde de la presse digitale. Les médias classiques, à peine remis de leur passage au numérique, ont vu une partie de leurs « contenus chauds » (d’actualités) leur échapper : avec l’avènement des smartphones, chacun peut poster des résultats de compétitions, un fait divers ou des images de concert. Il a fallu remettre à plat toutes les stratégies éditoriales pour conserver de l’audience. Les contenus froids restent une alternative exploitable et intéressante en termes de référencement… pour peu que leur contenu ne soit pas pillé.

La précision redoutable des outils publicitaires des réseaux sociaux 

Par ailleurs, la publicité sur les sites d’information a sérieusement pris du plomb dans l’aile : Avec le développement des réseaux sociaux, les marques ont délaissé les pages Web éditorialisées des journaux et les blogs spécialisés. Exit les bannières au coût par clic ou au coût par affichage, ces outils semblent révolus. Les entreprises ont pu concentrer leurs investissement sur ce qu’un abus de langage qualifie de « médias sociaux« , preuve d’une dangereuse évolution des représentations de ce qu’est une source d’information. Les statistiques publicitaires particulièrement performantes de Facebook, Instagram ou autre permettent un ciblage remarquable. Elles offrent une réassurance que peu de sites traditionnels sont en mesure de suivre.

 

Avant le coup de grâce final, l’arrivée des I.A.

Les soucis des éditeurs de sites d’information ne se sont pas terminés avec l’arrivée des réseaux sociaux, les I.A. ont asséné un coup supplémentaire à leur économie. Depuis plusieurs années, les géants du Web et quelques nouveaux venus développent leurs outils LLM en les nourrissant de toute la richesse et de toute la diversité du contenu disponible gratuitement sur Internet.

La question des droits d’auteurs

Mais gratuit ne veut pas dire libre de droit !

Une nuance dont peu de sociétés se sont embarrassées. Imaginez que tout le travail que vous avez réalisé depuis des années, voire des décennies, soit utilisé sans même vous citer ou vous proposer la moindre compensation financière (dans la plupart des I.A., il faut demander explicitement les sources dans le prompt pour qu’elles apparaissent ! ). C’est ce qu’ont connu nombre de médias, d’artistes interpètres ou compositeurs, de graphistes, de photographes, de vidéastes.

Au delà de l’immense potentiel de cette technologie, le succès des I.A. risque dont bien d’avoir un goût amer pour les éditeurs de contenu.

L’introduction des synthèses I.A. dans les résultats des requêtes sur les moteurs de recherche

 Depuis quelques mois, Google intègre directement au sommet de sa page de résultats une courte synthèse réalisée par son I.A. Gemini. Dans le prolongement de la position zéro, l’internaute n’a même plus besoin d’aller sur un site pour avoir la réponse à sa question.

Le développement des commandes vocales tend déjà à faire disparaître la source des informations proposées par les I.A. Un point d’autant plus problématique que la crédibilité de tous les contenus ne se vaut pas.

 

Logo Gemini
L'interface de vue dynamique de Google Gemini 3

La vue dynamique de Google Gemini 3 franchit un nouveau cap dans l’occultation des sources ?

Jusqu’à présent, nous avons reçu des blocs de texte comme réponse des I.A. à nos prompts. Ils sont parfois agrémentés d’images (et rarement de sources, comme nous l’avons vu). Avec la vue dynamique, Google introduit le concept de « Generative UI ». L’intelligence artificielle ne se contente plus de rédiger une réponse : elle conçoit et code en temps réel une mini-application ou un tableau de bord interactif pour répondre encore plus précisément à votre besoin et rendre le contenu plus agréable à parcourir, moins austère.

Qu’est-ce que la vue dynamique de Google Gemini 3 ?

La vue dynamique, toujours en phase expérimentale, s’appuie sur les capacités de raisonnement avancé de Gemini 3 et sur le « coding agentique ». Concrètement, si vous posez une question complexe, Gemini va générer une interface composée de :

  • Modules interactifs (curseurs, boutons, onglets).
  • Composants de visualisation (graphiques dynamiques, frises chronologiques).
  • Calculateurs personnalisés (pour des simulations financières ou techniques).

Un mini-site Internet construit à la volée ! Certes, le temps de réponse est un peu plus long mais le rendu est bluffant.

Quelles conséquences impliquent la vue dynamique de Google Gemini 3 pour les sites de contenu ?

Une fois la claque visuelle passée se pose la question de la pérennité des sites d’information. S’ils sont totalement invisibilisés, que leurs données sont utilisées sans leur accord et que leur trafic s’effondre, que leur restera-t-il ? Korben parle d’un véritable changement de paradigme. FranceInfo souligne plutôt que la relative gratuité actuelle de la plupart des outils d’I.A. devra avoir un revers et la recherche de nouveaux modèles économiques. Cette question de la rentabilité émerge aussi sur le site intelligence-artificielle.com.

Une chose est sûre : les concurrents de Gemini ne vont pas se reposer sur leurs lauriers. La forme ayant autant d’importance que le fond, ce type de mise en page se retrouvera sans doute ultérieurement chez OpenAI ou Perplexity par exemple.

Quel web voulons-nous pour demain ?

L’innovation technologique offre des opportunités incroyables, mais la destruction créatrice théorisée par Schumpeter il y a près d’un siècle s’accompagne de dégâts collatéraux qui vont bien au delà des considérations économiques. Il s’agit également de questionner (rapidement) les limites que l’on devrait imposer aux géants du Web tant les I.A. viennent ébranler des acquis tels que le droit d’auteur. Faute d’un manque d’anticipation, la loi court souvent derrière la technologie. Il serait sans doute temps de remettre un peu d’humain dans la machine et que ce ne soit pas la machine qui asservisse l’humain. Comment qualifier l’exploitation du travail d’autrui sans lui verser de rémunération ? 

Du techno-féodalisme au néo-féodalisme : le constat d’une nouvelle forme de servitude ?

La notion de techno-féodalisme trouve un écho notable dans la littérature actuelle et les médias. Cette pensée critique est mobilisée pour décrire une transformation du capitalisme numérique dans laquelle la propriété privée classique est partiellement remplacée par le contrôle d’infrastructures numériques, les rapports économiques s’organisent autour de dépendances asymétriques, comparables à des relations de vassalité et où enfin la captation de valeur repose moins sur l’échange marchand que sur la rente, l’enclosure et l’extraction de données.

Yanis Varoufakis, ancien ministre grec, défend cette théorie. ll soutient que le capitalisme est en train d’être supplanté par un système où les grandes plateformes (Google, Amazon, Apple, Meta, etc.) ne fonctionnent plus comme des entreprises capitalistes classiques. Par ailleurs, elles agissent comme des seigneurs féodaux numériques, contrôlant des cloud fiefs (infrastructures, écosystèmes, places de marché). Enfin, les utilisateurs, producteurs et même les entreprises deviennent des vassaux, dépendants de l’accès à ces fiefs pour exister économiquement.

Cédric Durand, quant à lui mobilise le terme de techno-féodalisme avec prudence. Il insiste davantage sur la montée d’un capitalisme de rente fondé sur la propriété intellectuelle, les données et les plateformes. Il relève également la fin de la concurrence classique au profit de monopoles d’accès et enfin une économie où l’innovation est secondaire par rapport à la captation de flux existants. Il ne parle pas d’un retour pur et simple au féodalisme, mais d’une logique néo-féodale au sein du capitalisme contemporain.

En conclusion

Les sites dont le modèle économique repose sur la production d’une information qualitative et crédible continuent de voir leur modèle économique s’étioler. Il est fort possible qu’il ne persiste, à terme, que des supports privilégiant l’opinion, qui expriment un point de vue tranché, clivant (voire caricatural ?).

Paradoxalement, les réseaux sociaux pourraient devenir l’un des derniers refuges de visibilité des sites à fort contenu éditorial… à moins que les promoteurs des I.A. en viennent à demander à ceux dont ils exploitent le contenu de payer pour être visible. Il pourrait aussi y avoir des médias et des sites qui deviendraient des fournisseurs (de contenu) des I.A. Car il faudra bien alimenter les LLM avec des données fraîches, actualisées, originales, voire inédites. Cependant, ce modèle implique que les géants comme Alphabet décideront de la légitimité des contenus, avec le corollaire de dérives que cela peut engendrer.

Sinon, et pour rejoindre les réflexions de Manuel Dorne (Korben), l’abonnement pourrait constituer une autre alternative pour conserver des médias « libres » de toute influence. Si la relation des lecteurs à leur médias repose suffisamment sur l’affect, des valeurs ou des convictions partagées, quelques portails pourraient trouver une issue à cet étouffement progressif. Par ailleurs, n’oublions pas que les I.A. sont encore génératives et non « créatives », l’humain a donc encore des atouts à faire valoir.

Enfin, même si le propos va sembler naïf, les I.A. comme toutes les technologies et innovation humaines, doivent rester au service de la majorité et non être inféodées aux intérêts financiers d’une minorité. Elles offrent des potentialités inédites dans les traitements médicaux, la suppression de tâches répétitives, l’aide à la recherche. Toutefois, leur déploiement ne doit pas se faire au détriment du droit et du respect d’autrui.

 

Boussole (pexels.com)

Références universitaires mobilisées pour cet article

Dorne, M. (29 décembre 2025). Pourquoi votre site web va disparaître (mais pas le mien ^^). Korben.info.

Mille, A. (2021). Cédric Durand, Techno-féodalisme. Critique de l’économie numérique Paris, Éd. Zones, 2021, 256 pages. Questions de communication, 40(2), 587-594.

Mondot, L. (1 janvier 2026). Pourquoi la « vue dynamique » de Gemini, la nouvelle fonctionnalité IA de Google, pourrait bousculer nos habitudes sur Internet. FranceInfo.

Onja F. (2 janvier 2026) Gemini expérimente la “Dynamic view” et esquisse un web sans clics. intelligence-artificielle.com.

Schumpeter, J. A. (1942). Capitalism, socialism and democracy. New York, NY: Harper & Brothers.

Varoufakis, Y. (2024). Technofeudalism: What killed capitalism. Melville House.

Et si nous faisions un bout de chemin ensemble ?

Nous sommes à votre disposition pour toute demande d'information.
Notre agence marketing et communication digitale, bien que basée à Bordeaux, intervient bien au delà du périmètre de la métropole.

RGPD