Le legging : une tendance de fond ?

Le legging : une tendance de fond ?

étude de cas

Le legging : du retour annoncé d’une mode à une tendance de fond

Legging - photo : Pexels.fr (Aksioart)

En 2009, Guillaume Erner consacrait un paragraphe de son ouvrage « Sociologie des Tendances » au legging.  Il constatait le retour en grâce de ce caleçon long et l’utilisait pour illustrer la dimension cyclique des modes et des tendances. Mais qu’en est-il vraiment de la place du legging dans notre consommation aujourd’hui ? N’aurait-il pas franchi le cap de la mode et dépassé celui de la tendance pour s’intaller plus durablement dans notre culture vestimentaire ? Etat des lieux.

Catégories

Tendances
Société
Consommation
Mode 

Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

 » S’agissant de phénomènes cycliques, les tendances peuvent renaître plusieurs fois. C’est  particulièrement le cas dans le domaine de la mode où certains objets connaissent à nouveau leur heure de gloire »
Guillaume Erner, 2009

Legging - photo : Pexels.fr (Miriam Alonso)

le legging : un retour en grâce progressif et durable

Le constat de Guillaume Erner

Selon le sociologue Guillaume Erner, le legging connaît un retour en grâce dès 2006, après être tombé dans l’oublie depuis les années 1980… à tel point que les fabricants peinent à suivre la demande.

Selon lui, trois facteurs expliquent cette renaissance :

  • La réappropriation du « démodé » : Des marques comme Nike American Apparel ont transformé le legging en pièce innovante, en jouant sur les couleurs vives et des matières plus modernes.
  • L’influence des silhouettes moulantes : Le succès du jean moulant a préparé le terrain pour le legging : le public s’est habitué à des vêtements près du corps, qui épousent les formes.
  • Le rôle des prescripteurs : Les magazines (comme Elle) et les célébrités (comme Madonna) ont popularisé le legging. Elles l’ont rendu omniprésent dans les collections prêt-à-porter dès 2007. Cependant, selon Erner, cette saturation a aussi conduit à un rejet par les « fashionistas » en quête d’exclusivité.

L’évolution du marché depuis 2006 : croissance, diversification et innovation

Le site FBI estime que le marché des leggings devrait passer de 49,95 milliards de dollars en 2025 à une projection de 91,16 milliards en 2035, avec un taux de croissance annuel de plus de 6,2 %. En Europe, la France reste un acteur clé, bien que le marché soit dominé par l’Asie-Pacifique.

Une évolution et une diversification des usages du legging

Auparavant, le legging se positionnait avant tout comme un vêtement de sport ou décontracté. Aujourd’hui, à l’instar de l’ensemble de l’habillement, la frontière en l’usage sportif et le casual s’est largement estompée. Le sportwear ne se cantonne plus uniquement à la pratique sportive. Ainsi, le legging s’impose comme une pièce polyvalente, portée aussi bien pour le fitness que pour des looks urbains ou même plus habillés.

Selon Future Market Report, les innovations technologiques (tricot 3D, leggings sans couture, compression ciblée) et les outils d’essayage virtuel ont renforcé son attractivité et il touche désormais une cible bien plus large que la simple clientèle sportive.

La segmentation du marché se traduit par une grande diversité de produit. Les leggings de compression, notamment, connaissent une forte croissance, avec une taille de marché estimée à 1,5 milliard de dollars en 2024 et une projection à 2,8 milliards en 2033. Les femmes restent le principal public cible. Cependant, les segments hommes et enfants progressent.

Evolution du nombre de requêtes relatives au leggins sur Google Trends de 2004 à 2026

Evolution du nombre de requêtes relatives au leggins sur Google Trends de 2004 à 2026

L’évolution de l’intérêt pour le legging depuis 2006

Croissance progressive, phase de plateau et regain d’intérêt, une structure originale

Le graphique ci-dessus extrait de Google Trends montre tout d’abord une croissance progressive et régulière du nombre de requêtes sur Google pour le mot clé « legging » de 2006 à 2012. Un premier pic majeur intervient en avril 2013, il signe l’arrivée à maturité du marché. Durant les mois d’été, l’intérêt pour le legging retombe. Le marché entre dans une phase de plateau longue jusqu’en 2017, preuve que le cycle du legging est un cycle de produit long, caractéristique des produits qui s’installent durablement dans la culture.

Le phénomène qui s’ensuit est intéressant car le legging entame une hausse progressive d’intérêt reposant sur des cycles saisonniers. Des pics de recherche sur Google interviennent tous les hivers, essentiellement entre le mois de décembre et le mois de janvier. Entre 2020 et 2025, le nombre de requêtes annuel et les pics sont relativement réguliers.

2026 marque une nouvelle tendance haussière durant l’hiver et montre que le marché a encore de beaux jours devant lui.

Les tendances récentes (2025-2026) : entre nostalgie et innovation

Le legging sur les podiums

Selon vogue.fr, les défilés automne-hiver 2025-2026 (Versace, Acne Studios, Balmain) ont remis le legging au goût du jour. Ils ont mis en lumière des styles « noughties » (années 2000), des motifs voyants et des associations décontractées. Le legging split pant, le modèle simili cuir ou encore le côtelé, et des versions à couture apparente sont particulièrement plébiscités.

Un produit désormais bien installé dans la culture vestimentaire

Le legging est désormais perçu comme une pièce maîtresse du vestiaire. Il peut s’associer avec des vestes longues, des blazers ou des accessoires pour un look chic.

Le marché du legging : des situations contrastées

Toutefois, certaines niches semblent tirer leur épingle du jeu. Le nombre de requêtes sur le « legging femme » a réculé au profit du « legging sport », du « legging femme sport » et du « legging fille ». Le noir reste la couleur la plus demandée. Les marques Jennyfer, Nike, Décathlon, H&M ou encore Puma tirent leur épingle du jeu et restent les plus recherchées.

Les marques misent sur des leggings sculptants, à taille croisée, ou avec des matières éco-responsables. Decathlon, par exemple, a lancé en 2026 un modèle à maintien renforcé et silhouette sculptée.

La diversification des produits semble aller en faveur des produits anti-cellulite. La combinaison de matériaux qui sculptent  corps, les technologies anti-cellulite et la combinaison de la couleur noire semblent indiquer un souci d’amincissement de la silhouette.

 

Legging - photo : Pexels.fr (Aksioart)
Legging - photo : Pexels.fr (Sebastian)

Les défis et les opportunités pour les marques

Une concurrence asiatique sévère

La montée en puissance de plateformes comme Shein et Temu, ainsi que la concurrence italienne, mettent en difficulté les marques françaises de milieu de gamme. Cependant, la demande pour des produits durables et innovants offre des opportunités de différenciation.

Une nécessité d’daptation aux nouvelles attentes

Les consommateurs recherchent désormais des leggings alliant confort, style et fonctionnalité. Ils portent une attention croissante portée à la durabilité et à l’inclusivité avec des tailles plus étendues et des matières recyclées. Toutefois, la guerre des prix livrée par les plateformes de vente en ligne asiatiques constitue un frein à la diffusion large de ces nouvelles tendances.

Conclusion : le legging reste un incontournable du vestiaire moderne

En vingt ans, le legging est passé d’un symbole des années 1980 à une pièce incontournable. Il est porté par des cycles de mode, des innovations technologiques et une demande croissante de confort et de polyvalence. Le marché semble calé sur une bonne dynamique, soutenu par les innovations des marques et les attentes sociétales de durabilité ou encore d’inclusivité.

Références universitaires mobilisées pour cet article

– Erner, Guillaume. (2009) Sociologie des tendances. Paris, Presses universitaires de France, coll. Que sais-je ? 128 p.

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RGPD

Quel avenir pour le financement participatif ou crowdfunding ?

Quel avenir pour le financement participatif ou crowdfunding ?

étude de cas

Quel avenir pour le financement participatif ou crowdfunding ?

Tirelire cochon bleu

Les instances publiques définissent le crowfunding (ou financement participatif) comme la possibilité pour un porteur de projet de collecter des fonds sur Internet. La collecte s’opère grâce à des plateformes dédiées sur lesquelles les contributeurs font le choix de financer un projet spécifique. Il en existe une multitude de forme, avec ou sans rétribution.

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Collaboratif

Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

 » Il faut remettre en perspective l’évolution du traitement des contenus produits par les sites éditoriaux depuis plus de 20 ans. »

Petit cadeau dans les mains d'une femme (pexels.com - Liza Summer)

Evolution des relations entre moteurs de recherches et producteurs de contenus

L’évolution du crowdfunding : d’une pratique marginale à un instrument structurant de l’économie de projet

Le crowdfunding, ou financement participatif, désigne un ensemble de dispositifs permettant de collecter des fonds auprès d’un grand nombre de contributeurs, le plus souvent par l’intermédiaire de plateformes numériques. S’il est aujourd’hui intégré aux politiques publiques, aux stratégies entrepreneuriales et aux industries culturelles, il s’est constitué progressivement, à l’intersection de transformations technologiques, économiques et culturelles.

1. Antécédents et genèse du financement participatif

Bien que le terme « crowdfunding » n’apparaisse qu’au début des années 2000, ses principes ne sont pas entièrement nouveaux. Des formes de financement collectif existent historiquement, par exemple à travers les souscriptions publiques au XIXᵉ siècle (financement d’œuvres artistiques, de monuments ou de journaux), ou encore les systèmes de tontines et de coopératives. Ces dispositifs reposaient déjà sur la mutualisation des contributions et sur une logique de confiance collective.

La spécificité du crowdfunding contemporain réside toutefois dans sa médiation numérique. L’essor d’Internet, puis du Web 2.0, a permis de réduire drastiquement les coûts de coordination, de diffusion de l’information et de transaction, rendant possible la mobilisation rapide de communautés étendues autour de projets ciblés.

2. Les premières plateformes et l’ancrage culturel (années 2000)

Les premières formes stabilisées de crowdfunding apparaissent au milieu des années 2000, principalement dans les secteurs culturels et créatifs. Des plateformes comme ArtistShare (2003) ou Sellaband (2006) proposent aux internautes de financer directement des artistes ou des albums musicaux. En 2009, le lancement de Kickstarter marque un tournant, en popularisant le modèle du financement par récompense (reward-based crowdfunding) et en l’étendant à des projets technologiques, ludiques et entrepreneuriaux.

À ce stade, le crowdfunding est largement associé à des valeurs culturelles spécifiques : soutien à la création indépendante, désintermédiation, participation des publics, et critique implicite des circuits de financement traditionnels. La contribution financière est fréquemment couplée à une dimension symbolique ou communautaire.

3. Diversification des modèles et institutionnalisation (années 2010)

Au cours des années 2010, le crowdfunding connaît une phase de diversification rapide. Plusieurs modèles coexistent désormais :
– le don, avec ou sans contrepartie, souvent mobilisé pour des projets culturels, associatifs ou humanitaires ;
– le prêt (crowdlending), qui s’inscrit dans une logique financière plus classique ;
– l’investissement en capital (equity crowdfunding), permettant aux contributeurs de devenir actionnaires ;
– des formes hybrides intégrant précommandes, abonnements ou royalties.

Parallèlement, le secteur fait l’objet d’une institutionnalisation croissante. De nombreux États mettent en place des cadres juridiques spécifiques, notamment pour sécuriser les transactions financières et protéger les contributeurs. En Europe, par exemple, les années 2014–2021 sont marquées par une normalisation progressive du financement participatif, avec l’intervention des autorités de régulation financière.

Cette période correspond également à une montée en puissance des acteurs professionnels : plateformes spécialisées, agences de communication dédiées aux campagnes, intégration du crowdfunding dans les stratégies de lancement de produits.

4. Du financement alternatif à l’outil stratégique

À partir de la fin des années 2010, le crowdfunding cesse progressivement d’être perçu uniquement comme une alternative marginale au financement bancaire ou institutionnel. Il devient un outil stratégique à part entière, utilisé pour tester des marchés, valider une demande, mobiliser des communautés ou produire des indicateurs d’intérêt avant une industrialisation.

Dans cette perspective, la contribution financière joue souvent un rôle secondaire par rapport aux données produites : nombre de contributeurs, profils sociologiques, engagement sur les réseaux sociaux. Le crowdfunding s’inscrit alors dans une économie de la preuve et de la visibilité, où la réussite d’une campagne fonctionne comme un signal adressé à d’autres financeurs (investisseurs, distributeurs, institutions).

5. Reconfigurations récentes et enjeux contemporains

Depuis le début des années 2020, plusieurs dynamiques redéfinissent les contours du crowdfunding. D’une part, le secteur est confronté à une saturation relative de l’attention, avec une concurrence accrue entre projets et une professionnalisation qui tend à exclure les porteurs les moins dotés en ressources communicationnelles. D’autre part, on observe une polarisation entre, d’un côté, de grandes plateformes intégrées à des écosystèmes financiers globaux et, de l’autre, des plateformes de niche revendiquant un ancrage territorial ou sectoriel.

Enfin, le crowdfunding s’inscrit désormais dans des problématiques plus larges : transition écologique, relocalisation productive, économie sociale et solidaire. Il est mobilisé comme dispositif de légitimation sociale autant que comme mécanisme financier, ce qui interroge ses promesses initiales de démocratisation.

Conclusion

L’histoire du crowdfunding montre le passage d’une pratique expérimentale et culturellement marquée à un dispositif stabilisé, intégré aux structures économiques contemporaines. Cette évolution s’accompagne de tensions récurrentes entre idéaux participatifs et logiques de marché, entre ouverture et sélection, entre innovation sociale et normalisation financière. À ce titre, le crowdfunding constitue un observatoire privilégié des transformations actuelles des modes de financement, mais aussi des formes contemporaines de participation économique.

 

« Si c’est gratuit, c’est toi le produit »

En parallèle, les espaces publicitaires ont largement investi les pages de résultats de recherche, de même que le référencement payant s’est généralisé : « si tu n’est pas assez bon pour bien figurer en haut d’une page de résultats à l’issue d’une requête, tu peux toujours payer pour être mieux placé ». Ainsi, au fil du temps, les résultats naturels sont descendus dans les pages pour laisser place aux liens sponsorisés. Le SEA s’est développé avec des systèmes d’enchères sur les mots clés. Par ailleurs, les cookies mis en place ont permis de capter de plus en plus de données sur les usagers, pour des publicités toujours plus ciblées et pertinentes.

Une situation quasi-monopoliste dangereuse

Autant de majoritairement revenus majoritairement captés par un Google quasi monopolistique avec 87% de part de marché en 2025 en France en 2025. Un chiffre colossal si l’on réfléchit au pouvoir que cela donne à la société d’Alphabet, maison-mère de Google. Du jour au lendemain, le moteur peut arbitrairement décider de désindexer une page et signer son arrêt de mort numérique. Il reste bien sûr les réseaux sociaux, mais le serveur rendu n’est pas nécessairement identique.

De même que si le site éditorial vendait des espaces publicitaires sous forme de Adwords, Google peut décréter que vous êtes allé à l’encontre d’une de ses règles et vous bannir définitivement de son programme, vous privant d’une source de revenu, sans véritable moyen de contestation de la décision. Parvenir à dialoguer avec une personne physique de ces questions relève de la mission impossible.

Pourquoi souligner ces points ? L’article devait initialement traiter de Gemini !

Nous allons y venir ! Ce raisonnement a pour finalité de montrer que les sites avec un contenu éditorial a forte valeur ajoutée ont vu leurs possibilités de générer des revenus fondre comme neige au soleil depuis 20 ans.

Carte du monde avec des pièces de monnaie (pexels.fr - Gabby K)
Pièces qui tombent sur une table en bois

La position zéro : le début de la fin pour les sites d’information ?

Est ensuite arrivée ce que les référenceurs ont appelé la position zéro : un extrait dépouillé du contenu produit par un site. C’est à dire que le moteur de recherche met en avant un site au dessus de tous les autres. Une position fort intéressante mais ultra-concurrentielle. Cette fonctionnalité a marqué un premier virage dans le dépouillement des droits d’auteurs des sites. En effet, bien que le site source soit cité, il n’est plus nécessaire de le visiter pour trouver la réponse à sa question. Il suffit de la lire directement sur la page de résultats du moteur de recherche.

Moins de clics pour le site = moins de visites = moins de revenus publicitaires. CQFD.

Les réseaux sociaux entrent dans l’équation

En parallèle, les sites d’information ont connu un autre bouleversement : l’arrivée des réseaux sociaux. Le fait que les internautes puisse poster des contenus par eux-mêmes a complètement bousculé le monde de la presse digitale. Les médias classiques, à peine remis de leur passage au numérique, ont vu une partie de leurs « contenus chauds » (d’actualités) leur échapper : avec l’avènement des smartphones, chacun peut poster des résultats de compétitions, un fait divers ou des images de concert. Il a fallu remettre à plat toutes les stratégies éditoriales pour conserver de l’audience. Les contenus froids restent une alternative exploitable et intéressante en termes de référencement… pour peu que leur contenu ne soit pas pillé.

La précision redoutable des outils publicitaires des réseaux sociaux 

Par ailleurs, la publicité sur les sites d’information a sérieusement pris du plomb dans l’aile : Avec le développement des réseaux sociaux, les marques ont délaissé les pages Web éditorialisées des journaux et les blogs spécialisés. Exit les bannières au coût par clic ou au coût par affichage, ces outils semblent révolus. Les entreprises ont pu concentrer leurs investissement sur ce qu’un abus de langage qualifie de « médias sociaux« , preuve d’une dangereuse évolution des représentations de ce qu’est une source d’information. Les statistiques publicitaires particulièrement performantes de Facebook, Instagram ou autre permettent un ciblage remarquable. Elles offrent une réassurance que peu de sites traditionnels sont en mesure de suivre.

 

Avant le coup de grâce final, l’arrivée des I.A.

Les soucis des éditeurs de sites d’information ne se sont pas terminés avec l’arrivée des réseaux sociaux, les I.A. ont asséné un coup supplémentaire à leur économie. Depuis plusieurs années, les géants du Web et quelques nouveaux venus développent leurs outils LLM en les nourrissant de toute la richesse et de toute la diversité du contenu disponible gratuitement sur Internet.

La question des droits d’auteurs

Mais gratuit ne veut pas dire libre de droit !

Une nuance dont peu de sociétés se sont embarrassées. Imaginez que tout le travail que vous avez réalisé depuis des années, voire des décennies, soit utilisé sans même vous citer ou vous proposer la moindre compensation financière (dans la plupart des I.A., il faut demander explicitement les sources dans le prompt pour qu’elles apparaissent ! ). C’est ce qu’ont connu nombre de médias, d’artistes interpètres ou compositeurs, de graphistes, de photographes, de vidéastes.

Au delà de l’immense potentiel de cette technologie, le succès des I.A. risque dont bien d’avoir un goût amer pour les éditeurs de contenu.

L’introduction des synthèses I.A. dans les résultats des requêtes sur les moteurs de recherche

 Depuis quelques mois, Google intègre directement au sommet de sa page de résultats une courte synthèse réalisée par son I.A. Gemini. Dans le prolongement de la position zéro, l’internaute n’a même plus besoin d’aller sur un site pour avoir la réponse à sa question.

Le développement des commandes vocales tend déjà à faire disparaître la source des informations proposées par les I.A. Un point d’autant plus problématique que la crédibilité de tous les contenus ne se vaut pas.

 

Foule en liesse qui lance des massues (pexels / pixabay)

Références universitaires mobilisées pour cet article

– Belleflamme, P., Lambert, T., & Schwienbacher, A. (2014). Crowdfunding: Tapping the right crowd. Journal of Business Venturing.
– Mollick, E. (2014). The dynamics of crowdfunding. Journal of Business Venturing.
– Langley, P., & Leyshon, A. (2017). Platform capitalism: The intermediation and capitalization of digital economic circulation. Finance and Society.
– Ordanini, A. et al. (2011). Crowdfunding: Transforming customers into investors. MIT Sloan Management Review.

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La vue dynamique Gemini  : mort annoncée des sites d’information ?

La vue dynamique Gemini : mort annoncée des sites d’information ?

étude de cas

la vue dynamique de GOOGLE GEmini 3 : mort annoncée des sites d’information ?

Google Gemini Scrabble

Google a récemment lancé une nouvelle fonctionnalité intitulée « vue dynamique » (ou Dynamic View). Elle marque un tournant majeur dans l’évolution de Gemini. L’I.A. de la firme californienne passe d’un simple « chatbot » à un véritable générateur d’interfaces personnalisées. L’outil génère des pages de présentation à la volée, synthétisant l’ensemble des résutlats qu’elle trouve sur Internet. Une nouvelle étape est franchie dans l’occultation des sources qui nourrissent les Intelligences Artificielles depuis plusieurs années.  Cette innovation porte un nouveau coup très sévère au modèle économique des sites d’information. Signe-t-elle la fin d’une ère de la presse  et des sites éditoriaux indépendants ?

Catégories

IA / Intelligence Artificielle
Tendances sociétales
Référencement

Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

 » Il faut remettre en perspective l’évolution du traitement des contenus produits par les sites éditoriaux depuis plus de 20 ans. »

Symbolisation d'une intelligence artificielle (pexels.com)

Evolution des relations entre moteurs de recherches et producteurs de contenus

Des origines du référencement aux début des dérives des géants de la recherche en ligne

Vous vous souvenez peut-être des débuts du Web où les IP étaient le moyen d’accéder à une page sur un serveur. Puis, sont ensuite venus les DNS qui ont permis d’associer un nom de domaine à une adresse IP. Il est ainsi devenu plus facile de s’y retrouver et il a suffi de se souvenir du nom du domaine et de son extension (.fr, .com ou autre) pour le retrouver. Au fil des années, le nombre de pages traitant d’un même sujet a augmenté, encore et encore jusqu’à ce que la recherche humaine trouve ses limites. Des outils ont dû été développés pour permettre de lister les sites de la thématique souhaitée. Les moteurs de recherche sont nés pour répondre à ce besoin.

Cette surabondance de pages a entraîné la course au référencement naturel. En jouant avec les algorithmes des moteurs de recherche, les référenceurs ont déployé mille stratégies pour figurer le plus haut possible dans la page de résultats. Les moteurs n’ont cessé de faire évoluer leur technologie pour contrer ces stratagèmes.

De la présence en première page, les référenceurs ont cherché à atteindre le top 3, puis la position 1.

 

« Si c’est gratuit, c’est toi le produit »

En parallèle, les espaces publicitaires ont largement investi les pages de résultats de recherche, de même que le référencement payant s’est généralisé : « si tu n’est pas assez bon pour bien figurer en haut d’une page de résultats à l’issue d’une requête, tu peux toujours payer pour être mieux placé ». Ainsi, au fil du temps, les résultats naturels sont descendus dans les pages pour laisser place aux liens sponsorisés. Le SEA s’est développé avec des systèmes d’enchères sur les mots clés. Par ailleurs, les cookies mis en place ont permis de capter de plus en plus de données sur les usagers, pour des publicités toujours plus ciblées et pertinentes.

Une situation quasi-monopoliste dangereuse

Autant de majoritairement revenus majoritairement captés par un Google quasi monopolistique avec 87% de part de marché en 2025 en France en 2025. Un chiffre colossal si l’on réfléchit au pouvoir que cela donne à la société d’Alphabet, maison-mère de Google. Du jour au lendemain, le moteur peut arbitrairement décider de désindexer une page et signer son arrêt de mort numérique. Il reste bien sûr les réseaux sociaux, mais le serveur rendu n’est pas nécessairement identique.

De même que si le site éditorial vendait des espaces publicitaires sous forme de Adwords, Google peut décréter que vous êtes allé à l’encontre d’une de ses règles et vous bannir définitivement de son programme, vous privant d’une source de revenu, sans véritable moyen de contestation de la décision. Parvenir à dialoguer avec une personne physique de ces questions relève de la mission impossible.

Pourquoi souligner ces points ? L’article devait initialement traiter de Gemini !

Nous allons y venir ! Ce raisonnement a pour finalité de montrer que les sites avec un contenu éditorial a forte valeur ajoutée ont vu leurs possibilités de générer des revenus fondre comme neige au soleil depuis 20 ans.

Ordinateur avec moteur de recherche Google
La position zéro sur Google

La position zéro : le début de la fin pour les sites d’information ?

Est ensuite arrivée ce que les référenceurs ont appelé la position zéro : un extrait dépouillé du contenu produit par un site. C’est à dire que le moteur de recherche met en avant un site au dessus de tous les autres. Une position fort intéressante mais ultra-concurrentielle. Cette fonctionnalité a marqué un premier virage dans le dépouillement des droits d’auteurs des sites. En effet, bien que le site source soit cité, il n’est plus nécessaire de le visiter pour trouver la réponse à sa question. Il suffit de la lire directement sur la page de résultats du moteur de recherche.

Moins de clics pour le site = moins de visites = moins de revenus publicitaires. CQFD.

Les réseaux sociaux entrent dans l’équation

En parallèle, les sites d’information ont connu un autre bouleversement : l’arrivée des réseaux sociaux. Le fait que les internautes puisse poster des contenus par eux-mêmes a complètement bousculé le monde de la presse digitale. Les médias classiques, à peine remis de leur passage au numérique, ont vu une partie de leurs « contenus chauds » (d’actualités) leur échapper : avec l’avènement des smartphones, chacun peut poster des résultats de compétitions, un fait divers ou des images de concert. Il a fallu remettre à plat toutes les stratégies éditoriales pour conserver de l’audience. Les contenus froids restent une alternative exploitable et intéressante en termes de référencement… pour peu que leur contenu ne soit pas pillé.

La précision redoutable des outils publicitaires des réseaux sociaux 

Par ailleurs, la publicité sur les sites d’information a sérieusement pris du plomb dans l’aile : Avec le développement des réseaux sociaux, les marques ont délaissé les pages Web éditorialisées des journaux et les blogs spécialisés. Exit les bannières au coût par clic ou au coût par affichage, ces outils semblent révolus. Les entreprises ont pu concentrer leurs investissement sur ce qu’un abus de langage qualifie de « médias sociaux« , preuve d’une dangereuse évolution des représentations de ce qu’est une source d’information. Les statistiques publicitaires particulièrement performantes de Facebook, Instagram ou autre permettent un ciblage remarquable. Elles offrent une réassurance que peu de sites traditionnels sont en mesure de suivre.

 

Avant le coup de grâce final, l’arrivée des I.A.

Les soucis des éditeurs de sites d’information ne se sont pas terminés avec l’arrivée des réseaux sociaux, les I.A. ont asséné un coup supplémentaire à leur économie. Depuis plusieurs années, les géants du Web et quelques nouveaux venus développent leurs outils LLM en les nourrissant de toute la richesse et de toute la diversité du contenu disponible gratuitement sur Internet.

La question des droits d’auteurs

Mais gratuit ne veut pas dire libre de droit !

Une nuance dont peu de sociétés se sont embarrassées. Imaginez que tout le travail que vous avez réalisé depuis des années, voire des décennies, soit utilisé sans même vous citer ou vous proposer la moindre compensation financière (dans la plupart des I.A., il faut demander explicitement les sources dans le prompt pour qu’elles apparaissent ! ). C’est ce qu’ont connu nombre de médias, d’artistes interpètres ou compositeurs, de graphistes, de photographes, de vidéastes.

Au delà de l’immense potentiel de cette technologie, le succès des I.A. risque dont bien d’avoir un goût amer pour les éditeurs de contenu.

L’introduction des synthèses I.A. dans les résultats des requêtes sur les moteurs de recherche

 Depuis quelques mois, Google intègre directement au sommet de sa page de résultats une courte synthèse réalisée par son I.A. Gemini. Dans le prolongement de la position zéro, l’internaute n’a même plus besoin d’aller sur un site pour avoir la réponse à sa question.

Le développement des commandes vocales tend déjà à faire disparaître la source des informations proposées par les I.A. Un point d’autant plus problématique que la crédibilité de tous les contenus ne se vaut pas.

 

Logo Gemini
L'interface de vue dynamique de Google Gemini 3

La vue dynamique de Google Gemini 3 franchit un nouveau cap dans l’occultation des sources ?

Jusqu’à présent, nous avons reçu des blocs de texte comme réponse des I.A. à nos prompts. Ils sont parfois agrémentés d’images (et rarement de sources, comme nous l’avons vu). Avec la vue dynamique, Google introduit le concept de « Generative UI ». L’intelligence artificielle ne se contente plus de rédiger une réponse : elle conçoit et code en temps réel une mini-application ou un tableau de bord interactif pour répondre encore plus précisément à votre besoin et rendre le contenu plus agréable à parcourir, moins austère.

Qu’est-ce que la vue dynamique de Google Gemini 3 ?

La vue dynamique, toujours en phase expérimentale, s’appuie sur les capacités de raisonnement avancé de Gemini 3 et sur le « coding agentique ». Concrètement, si vous posez une question complexe, Gemini va générer une interface composée de :

  • Modules interactifs (curseurs, boutons, onglets).
  • Composants de visualisation (graphiques dynamiques, frises chronologiques).
  • Calculateurs personnalisés (pour des simulations financières ou techniques).

Un mini-site Internet construit à la volée ! Certes, le temps de réponse est un peu plus long mais le rendu est bluffant.

Quelles conséquences impliquent la vue dynamique de Google Gemini 3 pour les sites de contenu ?

Une fois la claque visuelle passée se pose la question de la pérennité des sites d’information. S’ils sont totalement invisibilisés, que leurs données sont utilisées sans leur accord et que leur trafic s’effondre, que leur restera-t-il ? Korben parle d’un véritable changement de paradigme. FranceInfo souligne plutôt que la relative gratuité actuelle de la plupart des outils d’I.A. devra avoir un revers et la recherche de nouveaux modèles économiques. Cette question de la rentabilité émerge aussi sur le site intelligence-artificielle.com.

Une chose est sûre : les concurrents de Gemini ne vont pas se reposer sur leurs lauriers. La forme ayant autant d’importance que le fond, ce type de mise en page se retrouvera sans doute ultérieurement chez OpenAI ou Perplexity par exemple.

Quel web voulons-nous pour demain ?

L’innovation technologique offre des opportunités incroyables, mais la destruction créatrice théorisée par Schumpeter il y a près d’un siècle s’accompagne de dégâts collatéraux qui vont bien au delà des considérations économiques. Il s’agit également de questionner (rapidement) les limites que l’on devrait imposer aux géants du Web tant les I.A. viennent ébranler des acquis tels que le droit d’auteur. Faute d’un manque d’anticipation, la loi court souvent derrière la technologie. Il serait sans doute temps de remettre un peu d’humain dans la machine et que ce ne soit pas la machine qui asservisse l’humain. Comment qualifier l’exploitation du travail d’autrui sans lui verser de rémunération ? 

Du techno-féodalisme au néo-féodalisme : le constat d’une nouvelle forme de servitude ?

La notion de techno-féodalisme trouve un écho notable dans la littérature actuelle et les médias. Cette pensée critique est mobilisée pour décrire une transformation du capitalisme numérique dans laquelle la propriété privée classique est partiellement remplacée par le contrôle d’infrastructures numériques, les rapports économiques s’organisent autour de dépendances asymétriques, comparables à des relations de vassalité et où enfin la captation de valeur repose moins sur l’échange marchand que sur la rente, l’enclosure et l’extraction de données.

Yanis Varoufakis, ancien ministre grec, défend cette théorie. ll soutient que le capitalisme est en train d’être supplanté par un système où les grandes plateformes (Google, Amazon, Apple, Meta, etc.) ne fonctionnent plus comme des entreprises capitalistes classiques. Par ailleurs, elles agissent comme des seigneurs féodaux numériques, contrôlant des cloud fiefs (infrastructures, écosystèmes, places de marché). Enfin, les utilisateurs, producteurs et même les entreprises deviennent des vassaux, dépendants de l’accès à ces fiefs pour exister économiquement.

Cédric Durand, quant à lui mobilise le terme de techno-féodalisme avec prudence. Il insiste davantage sur la montée d’un capitalisme de rente fondé sur la propriété intellectuelle, les données et les plateformes. Il relève également la fin de la concurrence classique au profit de monopoles d’accès et enfin une économie où l’innovation est secondaire par rapport à la captation de flux existants. Il ne parle pas d’un retour pur et simple au féodalisme, mais d’une logique néo-féodale au sein du capitalisme contemporain.

En conclusion

Les sites dont le modèle économique repose sur la production d’une information qualitative et crédible continuent de voir leur modèle économique s’étioler. Il est fort possible qu’il ne persiste, à terme, que des supports privilégiant l’opinion, qui expriment un point de vue tranché, clivant (voire caricatural ?).

Paradoxalement, les réseaux sociaux pourraient devenir l’un des derniers refuges de visibilité des sites à fort contenu éditorial… à moins que les promoteurs des I.A. en viennent à demander à ceux dont ils exploitent le contenu de payer pour être visible. Il pourrait aussi y avoir des médias et des sites qui deviendraient des fournisseurs (de contenu) des I.A. Car il faudra bien alimenter les LLM avec des données fraîches, actualisées, originales, voire inédites. Cependant, ce modèle implique que les géants comme Alphabet décideront de la légitimité des contenus, avec le corollaire de dérives que cela peut engendrer.

Sinon, et pour rejoindre les réflexions de Manuel Dorne (Korben), l’abonnement pourrait constituer une autre alternative pour conserver des médias « libres » de toute influence. Si la relation des lecteurs à leur médias repose suffisamment sur l’affect, des valeurs ou des convictions partagées, quelques portails pourraient trouver une issue à cet étouffement progressif. Par ailleurs, n’oublions pas que les I.A. sont encore génératives et non « créatives », l’humain a donc encore des atouts à faire valoir.

Enfin, même si le propos va sembler naïf, les I.A. comme toutes les technologies et innovation humaines, doivent rester au service de la majorité et non être inféodées aux intérêts financiers d’une minorité. Elles offrent des potentialités inédites dans les traitements médicaux, la suppression de tâches répétitives, l’aide à la recherche. Toutefois, leur déploiement ne doit pas se faire au détriment du droit et du respect d’autrui.

 

Boussole (pexels.com)

Références universitaires mobilisées pour cet article

Dorne, M. (29 décembre 2025). Pourquoi votre site web va disparaître (mais pas le mien ^^). Korben.info.

Mille, A. (2021). Cédric Durand, Techno-féodalisme. Critique de l’économie numérique Paris, Éd. Zones, 2021, 256 pages. Questions de communication, 40(2), 587-594.

Mondot, L. (1 janvier 2026). Pourquoi la « vue dynamique » de Gemini, la nouvelle fonctionnalité IA de Google, pourrait bousculer nos habitudes sur Internet. FranceInfo.

Onja F. (2 janvier 2026) Gemini expérimente la “Dynamic view” et esquisse un web sans clics. intelligence-artificielle.com.

Schumpeter, J. A. (1942). Capitalism, socialism and democracy. New York, NY: Harper & Brothers.

Varoufakis, Y. (2024). Technofeudalism: What killed capitalism. Melville House.

Et si nous faisions un bout de chemin ensemble ?

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RGPD

Les tendances sociétales 2026 vues par les I.A.

Les tendances sociétales 2026 vues par les I.A.

étude de cas

Les Tendances 2026 vues par les I.A… et nos observations sur les résultats

Analyse des tendances dans une entreprise (photo : pexels.com)

Voici le prompt proposé à ChatGPT, Perplexity et Mistral.ai comme base de cet article :  » Peux-tu me proposer une synthèse des tendances de sociétés pour l’année 2026 ? Je vois que de nombreux sites et cabinets spécialisés font des propositions. J’aimerais que tu me fasses des propositions thématiques. Ecarte les sujets relatifs à la mode vestimentaire. » Leur réponse s’ouvre par une mise en abyme… et l’intégration progressive des I.A. dans le monde du travail mais aussi dans de nombreux autres pans de la société. La transformation digitale a de beaux jours devant elle. Dans un second temps, interviennent les préoccupations écologiques, les aspirations au bien-être et un retour à plus de sens et d’authenticité. 

Catégories

Modes
Tendances sociétales
Mobilités douces

Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

 » Un tiraillement entre la demande de performance dans tous les pans de la vie sociale et des aspirations  au bien-être individuel. »

Symbolisation d'une intelligence artificielle (pexels.com)

L’Intelligence artificielle : de l’experimentation ludique à l’intégration profonde au monde professionnel

Le passage à l’échelon supérieur

L’IA générative a déjà largement investi notre quotidien et les colonnes de la presse ne 2025. Plus d’un milliard de personnes l’utiliserait chaque mois. De l’usage gadget pour se vieillir de 30 ans à son déploiement en lieu et place de rédactions de presse compètes, l’intelligence artificielle suscite enthousiasme, le scepticisme tout autant que la crainte. Ironie du sort : ce ne sont plus les cols bleus qui sont menacés par l’innovation et la destruction créatrice comme lors des dernières grandes évolutions industrielles, mais bel et bien les cols blancs ! Même les petites entreprises sont poussées à adopter des technologies (IA, no-code, cybersécurité, facturation électronique) pour rester compétitives.

Toutefois, entre le miracle économique vendu par les promoteurs de ces outils et la réalité des gains de productivité que vont engender les IA, de l’eau va encore couler sous les ponts. Si elles parviennent à s’acquitter de certaines tâches avec brio et à donner l’illusion d’une solution miracle, une utilisation régulière montre vite les limites de leurs réponses. Comme tous les outils, un temps d’apprentissage s’avère nécessaire pour en tirer le plein potentiel et en appréhender les limites.

Par ailleurs, selon une étude de l’université de Stanford, le taux d’emploi des 22-25 ans recule depuis 2022 . Les jeunes travaillant dans les métiers les plus exposés à l’IA tels que les développeurs, chargés de service client, comptables sont ceux qui souffrent le plus des mutations en cours. Là encore, la maîtrise de ces outils et la connaissance de leurs limites fera la différence pour cette génération qui entre sur le marché du travail.

Enfin, les recherches IA se substituent progressivement aux recherches classiques sur les moteurs de recherche. Une nouvelle forme de référencement a émergé avec le GEO (generative engine optimization).

Lire l’article de datareportal.com

 

Monde du (télé)travail : vers une formule hyBride ?

Alors que les confinement successif ont permis un déploiement incroyable rapide du télétravail, les libertés laissées par les entreprises à leurs salariés sur l’organisation de leur planning ont reculé en 2025. Les RH redemandent davantage de présence dans les murs. Une doléance diversement accueillie par les salariés, à la fois contents de retrouver la machine à cafer pour échanger physiquement avec leurs collègues et une certaine frustration de reperdre du temps dans les transports et/ou d’avoir moins de temps libre à consacrer à sa famille.

La formule hybride semble se diriger vers un équilibre recherché entre flexibilité, performance et bien-être, à raison d’une à deux journées de télétravail par semaine. Un phénomène d’autant plus renforcé par les attentes et les demandes de jeunes salariés qui ne veulent pas d’un modèle « à la papa » où l’on sacrifie tout pour sa réussite professionnelle.

Les modes de travail évoluent vers plus de flexibilité, avec une attention accrue au bien-être des salariés. Le télétravail, les espaces collaboratifs et les horaires adaptés deviennent des standards, tandis que la santé mentale est placée au cœur des préoccupations managériales.

Lire l’article sur les grandes tendances RH en 2026 de Hays

Freelance et solopreneur

La sensation de flexibilité et de bien-être passe par le choix de nouveaux modes d’organisation du travail. L’auto-entrepreneuriat continue de séduire. L’essor du freelancing s’accélère, porté par la quête d’autonomie et de sens au travail, mais aussi par une pénurie de talents dans certains secteurs.

Ce modèle répond à de nouvelles demandes sociales d’indépendance : ne pas être attaché à une société durant toute sa carrière professionnelle, ne pas avoir un supérieur hiérarchique au dessus de soi. Attention toutefois à l’illusion procurée par ces statuts : un client peut prendre le ton d’un patron, la nécessité de terminer un projet dans les temps peut empiéter sur la vie privée et les charges peuvent devenir étouffantes. Etre micro-entrepreneur, c’est aussi accepter une autre forme de précarité.

Symbolisation d'une intelligence artificielle (pexels.com)

 

La recherche d’authenticité et l’aspiration au bien-être

Segways sur les quais d'une rivière

Retrouver du lien

Un mouvement socioculturel significatif se dessine en 2026 dans la revalorisation du lien humain, de l’émotion et de l’identité. Au-delà des métriques et des algorithmes, les personnes sondées évoquent leur besoin d’interactions sociales plus profondes et moins dépendantes des plateformes technologiques. Les jeunes plébiscitent à nouveau la rencontre physique plutôt que les réseaux sociaux ! Les confinements de la COVID19 ont parfois été vécues comme un traumatisme par la génération Z.

Lire l’article d’Insighttrendsworld.com

Le bien-être au coeur des préoccupations

Comme nous l’avons vu en filigrane dans les paragraphes précédents, les individus accordent plus d’importance à une existence volontairement choisie. La priorisation au temps passé avec les proches, la quête de simplicité, une meilleure santé mentale et des liens sociaux de qualité.

Consulter l’article de McCrindle

RSE, durabilité et inclusivité dans les événements et organisations

Les pratiques responsables (durabilité, inclusion, accessibilité) aspirent à devenir normatives dans les événements. Les attentes sociétales sont fortes mais se heurtent à des enjeux économiques. Lnstutitutions affichent un renforcement des contraintes réglementaires avec notamment l‘investissement environnemental, social et de gouvernance (ESG) ou la directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD). Cependant, le « réalisme économique » et la pression d’une économie mondialisée où d’autres acteurs ne s’imposent pas les mêmes contraintes fait encore largement obstruction aux enjeux écologiques. Par exemple, les politiques commerciales, fiscales et monétaires continueront d’influencer fortement l’environnement macroéconomique en 2026.

L’intérêt pour les questions écologiques perdure

L’écologie reste donc au coeur des enjeux pour l’année à venir et bien au-delà. Elle continuera de susciter des tensions, de créer des fractures et des tiraillement entre préoccupations pour l’environnement et inquiétudes quant au pouvoir d’achat. Les échauffements intervenus lors de l’ouverture de la première boutique Shein au BHV du maris en sont une illustration sans équivoque.

Un recul possible du temps d’écran(s) dans le quotidien des mineurs ?

Pour les plus jeunes, 2026 pourrait bien être un retour à la low-tech : les écrans ont pris une place excessive ces dernières années. En corollaire, les scientifiques observent des retards de développement cognifiif, une forme d’instabilité émotionnelle, voire des retards de language. La prise de conscience de ce phénomène s’accompagne d’interdictions ou de modération du smartphone dans les lieux d’apprentissage. A la maison comme à l’école, la lecture de livre, les jeux de sociétés ou des activités sportives pourraient revenir en grâce. Il est toutefois fort probable que de fortes disparités subsistent en fonction des milieux sociaux.

Les thème scrutés par Axios en 2026

conclusion

Il serait impossible de dresser un inventaire exhaustif de l’ensemble des tendances convoquées en 2026 sur le Web. Elles dépendent largement de perceptions et d’intérêts sectoriels. Toujours est-il que les experts s’accordent au moins sur l’importance considérable qu’ont pris les intelligences artificielles dans nos vies en quelques années. En parallèle, se constate une aspiration humaine naturelle à recréer du lien entre individus et avec la nature, comme une réaction à cet excès de virtualisation qui envahit tous les pans du quotidien. Selon vos centres d’intérêts, le mieux reste sans doute d’effectuer quelques requêtes dans les moteurs de recherches en tapant « tendance 2026 + la thématique de votre choix ». 

Quoiqu’il en soit, nous vous souhaitons une bonne année 2026 !

Analyse des tendances (photo : Pexels.com)

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Approche comparative des mobilités alternatives – vélo électrique, trottinette électrique, gyropode

Approche comparative des mobilités alternatives – vélo électrique, trottinette électrique, gyropode

étude de cas

Les mobilités alternatives : vélo électrique, trottinette électrique, gyropodes

Mobilités alternatives : vélo électrique, trottinette électrique, gyropodes

En l’espace d’une dizaine d’années les mobilités électriques alternatives sont passées du statut de phénomène de mode à un ancrage sociétal durable. Pourtant, toutes les modalités de déplacement assistées n’ont pas bénéficié du même accueil ni évolué de la même manière. Dans ce condensé d’étude de cas, passons à la loupe les cas du vélo électrique, de la trottinette électrique et des différents types de gyropodes.

Catégories

Modes
Tendances sociétales
Mobilités douces

Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

« Vélo électrique, trottinette électrique et gyropodes : trois modalités de transport assez similaires et des résultats pourtant contrastés »

Lady Florence Norman sur sa trottinette motoriée (Londres, 1916) - source : Wikipedia

Courte Histoire du vélo electrique, de la trottinette électrique et des gyropodes

Les premiers vélos électriques remontent à la fin du XIXe siècle

Les premiers vélocipèdes remontent à 1817 avec la fameuse draisienne du Baron Von Drais. Dès leur apparition, ils sont importés et distribués à Paris par Jean Garcin, patineur à glace et à roulettes émérite sous l’Empire et la Restauration. Des traces de motorisation électrique nous emmènent en 1895 avec le brevet d’Ordger Bolton Jr. Le moteur se monte alors sur la roue arrière. A peine deux années plus tard, Hosea W. Libbey intègre déjà un double moteur électrique dans l’axe du pédalier.

A la fin des années 1930, EMI Philips produit des vélos électriques en série et les commercialise. D’autres marques suivront dans les années 1940 et 1960 aux Etats-Unis. En 1982, l’allemand Egon Gelhard se réapprorie le concept du vélo électrique. Puis, en 1993, Yamaha lance son premier modèle et incite d’autres marques japonaises à faire de même pour dynamiser ce marché naissant. 

Les perfectionnements techniques avec le passage des batteries au plomb vers les batteries au nickel et au lithium fait gagner en légèreté et en autonomie. En quelques années, le marché chinois explose avec 16 millions d’unités vendues en 2006.

La trottinette motorisée : plus ancienne qu’on ne l’imagine !

Le premier brevet de trottinette motorisée remonte au L’illustration ci-contre montre la suffragette Lady Florence Norman se rendant au bureau en trottinette motorisée (scooter en anglais) à Londres en 1916. Il s’agit alors d’un modèle thermique produit par le firme Autoped. Et le guidon était déjà pliable. Les notions francophone de trottinette motorisée et anglophone de scooter se téléscopent. La polysémie de scooter, qui fait aussi référence aux deux roues avec selles (type Vespa par exemple), peut prêter à confusion. Il faut donc être prudent quant à leur utilisation. Nous partons du principe qu’une trottinette doit être dépourvue de siège pour correspondre au design dominant actuel. Relevons au passage que la trottinette a été un engin de déplacement avant d’être un jouet pour enfant popularisé dans les années 1960, puis d’être réactivée par la mode du début des années 2000.

Gyropodes, Segway, Hoverboards

A la différence du vélo et de la trottinette électrique, il n’existe pas de design dominant pour les produits de type gyropode. La marque Segway, dont les premiers modèles sont sortis entre 2001 et 2006, a fait le choix d’une plateforme avec deux roues latérales et un guidon. Le Gyroskate ou Hoverboard (2014) se passe du guidon. Les gyroroues (2005), quant à elles réduisent l’appareil au strict minimum avec des cales de pieds de part et d’autre d’une grande roue centrale.

On voit clairement à travers ces trois historiques des temporalités de naissance et d’expansion différentes, en particulier pour le dernier segment, bien plus récent que les deux précédents.

 

Différents types de mobilites alternatives à prendre en compte

Dans un article consacré aux nouvelles formes de mobilité, Frédéric Héran (2018) explore une large typologie d’engins allant des patins à roulettes aux triporteurs. Il distingue plusieurs types de mobilités :

  • La mobilité ludique regroupant roller, skateboardhoverboard, gyropode, monoroue
  • La micromobilité avec  trottinette, draisienne, vélo pliant rudimentaire
  • Les mobilités alternatives comprenant vélo de ville classique, VAE, vélo couché, vélomobile, biporteurs, triporteurs

Cette segmentation est intéressante mais trouve ses limites dans le fait qu’un engin quel qu’il soit peut s’utiliser de façon ludique comme de façon utilitaire. En outre, l’évolution technologique du matériel participe à flouter les frontières entre ces familles.

 

Quelques chiffres de ventes et d’intérêt sur google pour les mobilités alternatives

Evolution des ventes de vélos électriques

Les ventes de vélos électriques et de vélos dit « musculaires » ont ralenti dès 2023. Selon l’Union Sports et Cycles, il se vendait 2,59 millions d’exemplaires (électriques et musculaires) en 2022 et 2,24 millions en 2023.

Selon cleanrider.com, concernant le vélo électrique seul, le pic du marché a été atteint en 2019 avec 2,224 millions d’exemplaires contre 2,17 millions en 2020, 2,13 millions en 2021, 1,857 millions en 20222 et 1,559 en 2023. La phase de plateau a donc été atteinte au moment de la pandémie de COVID19. Le marché évolue de façon contrastée avec un intérêt plus marqué pour les VTC et les vélos de course en croissance, alors que les vélos pliants et vélos de ville sont en repli. La segmentation de l’offre permet donc aux fabricants de limiter la casse sur certaines niches.

En 2023, le prix moyen était stable aux alentours de 2.000 € pour un vélo à assistance électrique. Un budget important qui pourrait expliquer la réticence des ménages à investir en période d’incertitude.

Un intérêt en baisse, confirmé par les recherches sur Internet

L’évolution du nombre de requêtes sur Google Trends sur l’expression « vélo électrique » montre tout d’abord une forte saisonnalité de la demande. Ces trois dernières années, le pic d’intérêt dans les recherches se situe sur les mois d’été et particulièrement au mois d’août. La région des Pays de la Loire regroupe le plus grand pourcentage d’utilisation du mot clé « vélo électrique » devant la Basse-Normandie et la Bretagne. La relative stabilité de l’intérêt d’année en année confirme la tendance observée dans les ventes.

Evolution de l'intérêt pour les vélos électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour les vélos électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

 

 

 

Jeune femme en vélo électrique (photo : pexels.com)
Trottinettes électriques en libre accès

Evolution des ventes de trottinettes électriques depuis 2016

Il faut attendre les années 2016-2017 pour voir la demande s’accélérer en France avec 100.000 unités vendues en 2017. Selon Mobilians, le pic des ventes en quantité a été atteint en 2021 avec 908.000 exemplaires vendus et le pic en valeur a été atteint en 2022 avec 348 millions d’Euros. 4,5 millions de trottinettes électriques ont été vendues en France entre 2016 et 2024 et 3,6 millions de 2020 à 2024. Alors qu’un million d’exemplaires étaient attendus en 2023, les ventes ont chuté de 16% en 2024 avec 615.000 exemplaires vendus. Selon l’ADEME, la France comptait 2,5 millions d’usagers de la trottinette électrique en 2023, essentiellement des hommes entre 30 et 45 ans.

Un intérêt en baisse, confirmé par les recherches sur Internet

L’évolution du nombre de requêtes sur l’expression « trottinette électrique » marque un recul visible ces dernières années, montrant que la phase de croissance et que la phase de plateau sont achevées dans le cycle de vie du produit. Selon le huitième Baromètre du marché de la micromobilité, publié par Mobilians et Smart Mobility Lab, les ventes de trottinettes électriques en France ont baissé de 9 % en 2024. A l’inverse du vélo électrique dont la stabilisation est plus nette, la trottinette électrique connaît une érosion progressive de l’intérêt des internautes sur Google Trends.

Evolution de l'intérêt pour les trottinettes électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour les trottinettes électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

 

 

 

Segways, gyropodes, hoverboard – un marché plus complexe à évaluer

Les chiffres de vente du marché de la micro-mobilité peinent à distinguer les types d’engins, souvent réunis sous le qualificatif d’EDP (Engins de Déplacement Personnel). Toutefois, les données disponibles concernant les gyroroues sont sans commune mesure avec ceux de la trottinette et du vélo électrique. Selon Weebot, bien que les ventes aient augmenté de 30% en 2020, seulement 7100 exemplaires de gyroroues avaient été vendus en 2020.

Le prix pourrait positionner les gyroroues en concurrents du vélo électrique, mais leur tarif oscille tout de même entre 400 € et près de 4.000 € selon les modèles. Un Segway, plus sûr mais beaucoup plus cher, varie entre 5.000 et près de 10.000 €.

Une popularité relative pour les Hoverboard, un regain du Segway

Sur la période de 2017 à 2025, les hoverboards ont vu leur apogée en 2018, avec une demande émanant notamment des plus jeunes qui y trouvaient un usage ludique.  L’intérêt s’est essoufflé progressivement. A contrario, l’intérêt pour le Segway semble connaître un renouveau sur l’année 2025. Les gyroroues et autres gyropodes constituent une faible part des requêtes sur Google. Parmi les gyropodes, le Segway se positionne comme produit le plus cher, mais aussi comme le plus sûr et le plus accessible en termes de maîtrise technique. Nous en reparlerons dans le prochaine partie. Par ailleurs, il est possible que le Segway soit poussé par le marché de la location touristique.

Evolution de l'intérêt pour les engins de la famille des gyropodes sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour les engins de la famille des gyropodes sur Google Trends de 2017 à 2025

 

 

 

Segways sur les quais d'une rivière

Evolution des ventes de trottinettes électriques depuis 2016

Si l’on effectue une analyse comparée de l’intérêt pour les trois modalités de déplacements électrifiés, force est de constater que la trottinette électrique suscite encore largement l’intérêt des usagers, devant le vélo électrique. Vélos et trottinettes partagent d’ailleurs les mêmes évolutions et une saisonnalité similaire dans les recherches. Les gyropodes, que nous avons englobé sous l’appellation la plus récurrente d’hoverboard, ne constituent qu’une très faible part du marché des engins de déplacement personnel. C’est un constrate qu’il conviendra notamment d’analyser sous l’angle des représentations et des techniques corporelles.

Evolution de l'intérêt pour le vélo électrique, la trottinette électrique et l'hoverboard sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour le vélo électrique, la trottinette électrique et l’hoverboard sur Google Trends de 2017 à 2025

Vélos électriques, trottinettes électriques et gyropode sous l’angle des représentations et des techniques corporelles

L’image que l’on se fait des pratiques

Il paraît pertinent de mettre en perspective les réussites et les « échecs » en demi-teinte des trois mobilités évoquées précédemment au regard des représentations que nous pouvons en avoir. Vélos et trottinettes électriques ou gyropodes ne renvoient pas les mêmes signes et leurs utilisateurs ne leurs donnent pas le même sens.

Si leur motorisation électrique reste un dénominateur commun qui évoque l’écologie, voire les économies budgétaires, tous ne convoquent pas les mêmes imaginaires.

Le vélo électrique : une pratique ancrée culturellement et validée par l’institution

Le vélo est une pratique socialement acceptée, largement institutionnalisée. Elle figure parfois dans les programmes scolaires et les enfants sont initiés en vélo à la sécurité routière dès l’école primaire. Par ailleurs, le vélo figure également dans le code de la route, preuve de son ancrage culturel profond. Ainsi, le marché du vélo électrique bénéficie donc, de facto, de conditions de développement favorables.

La trottinette : une madeleine de Proust ?

Dans le même esprit que le vélo, la trottinette convoque des souvenirs d’enfance. Les plus anciens se souviendront de beaux modèles en métal, peints en rouge et parfois dotés d’une pédale pour se propulser. Les trentenaires se remémoreront le retour des trottinettes pliables au début des années 2000 et les trottinettes freestyle des années 2010.

La perception des trottinettes a largement été influencée par l’évolution technologique des produits et la segmentation progressive du marché. Les modèles à grandes roues pour les déplacements donnaient une image plus sérieuse que les modèles à petites roues associés aux plus jeunes. Ces perfectionnements ont contribué à une évolution des représentations, passant d’un jouet d’enfant basique et bon marché à un mode de transport motorisé à plus haute technicité (freins à disque, feux avants et arrière, roues pneumatiques plus épaisses, suspensions…). L’électrification et l’objet hi-tech ont attiré une clientèle de jeunes adultes, majoritairement masculine, qui l’emploie volontiers en milieu urbain pour sa flexibilité et pour son style. Par la suite, l’arrivée progressive sur le marché de pièces détachées a permis à certains usagers de monter des modèles débridés qui nuisent largement à la réputation des trottiriders. Les images de trottinettes circulant à 90 km/h voire plus sur les autoroutes et les poursuites avec la police font florès sur les réseaux sociaux.

La résistance au changement des institutions

Toujours est-il que le déferlement de trottinettes sur le marché n’a pas été sans susciter quelques débordements. Faute d’espaces de circulations dédiées et d’une législation appropriée) la trottinette électrique a accru les tensions dans le partage de l’espace publique. Elle est parvenue malgré tout à trouver sa place au même titre que les autres modalités de transports électriques alternatives : Non sans heurts et sans quelques résistances institutionnelles comme le montre l’exemple de Paris où le libre-service a été interdit. La pression sociale a finalement amené l’institution étatique à légiférer pour l’intégrer au code de la route, bon gré, mal gré.

Les gyropodes, hoverboard et Segway : des représentations multiples

Faire le choix d’une gyroroue envoie le message d’une personne plutôt jeune et moderne, sans doute un peu casse-cou. Cette technologie évoque une modalité de déplacement du futur, en particulier la monoroue.

Les hoverboards sont plutôt associés à la pratique enfantine. Peu utilisés dans les déplacements, ils font désormais plutôt office de jouets que de véritable mode de déplacement. Hoverboards et gyroroues ne bénéficient pas d’une image particulièrement favorable, notamment du fait qu’ils peuvent circuler à vive allure sur les trottoirs et effrayer les piétons (une critique qui pourrait d’ailleurs être faite à certains cyclistes).

Enfin, les Segways, quant à eux, ont plutôt investi le segment de la visite touristique. Leur évocation fait penser aux petits cortèges de touristes qui arpentent les villes avec leur guide. L’image avant-gardiste des débuts a fait place à une image plus vieillote et moins dynamique en somme. 

Segways sur les quais d'une rivière
Petites filles avec un hoverboard (pexels.com)

Une approche (éclairante) du succès du vélo et de la trottinette électrique par les techniques corporelles

Une fois que l’on a appréhendé la question du prix et des représentations comme freins à la diffusion d’une innovation, quels pourraient être les autres frein à l’essor  des différentes modalités de déplacement ? La difficulté d’acquisition des techniques corporelles et l’apprentissage sont à prendre en compte. Frédéric Héran fait notamment référence au polygone de sustentation pour aborder les différents engins : plus on a d’appuis au sol et plus ils sont espacés, plus on est stable !

La technique du vélo : intériorisée dès l’enfance

Même si l’apprentissage du vélo demande une certaine maîtrise technique, chacun d’entre nous l’a apprise dès son plus jeune âge.  Parfois par l’intermédiaire de la draisienne chez les plus jeunes, avec les petites roues sur les côtés de la roues arrière ensuite, puis en apprenant à pédaler. Apprendre le vélo peut être considéré comme l’une des étapes initiative qui ponctue l’enfance.

La transition vers la propulsion électrique se fait donc assez naturellement à l’âge adulte, tant la pratique vélocipédique s’est institutionnalisée et tant elle est prégnante dans notre culture.

La trottinette, facile d’apprentissage mais potentiellement risquée

L’apprentissage de la trottinette apparaît plus simple et plus instinctif que celui du vélo, et lui aussi intervient dès l’enfance. La propulsion à une jambe en tenant le guidon à deux mains donne une grande accessibilité à ce mode de transport (bien plus qu’une paire de rollers par exemple). Cette facilité, combinée à des gammes de prix plus abordables, a largement contribué à l’essor de l’usage des trottinettes électriques.

Toutefois, l’illusion de facilité de la trottinette entraîne un risque d’accident. En effet, les roues peuvent facilement glisser ou se coincer dans une ornière et le guidon se cabrer. En 2024, Santé Publique France a publié un rapport sur les caractéristiques des victimes d’accidents de trottinettes électriques ou autres engins de déplacement personnel, comparaison aux blessés à vélo dans le Rhône entre 2015 et 2019. Ce dernier souligne une multiplication par dix du nombre de victimes, essentiellement utilisatrices de trottinettes électriques. Toutefois, les blessures graves ne sont passées « que » de 10 à 49 personnes entre 2019 et 2024. En parallèle, le nombre de tués en vélo est passé de 187 à 224 selon cleanrider.com. Dans un cas comme dans l’autre, les morts interviennent généralement à la suite de collision avec des automobiles.

La famille des gyropodes demande une maîtrise technique supérieure

Que l’on utilise un gyropode à une ou à deux roues, la prise en main s’avère plus complexe qu’avec une trottinette ou un vélo électrique. L’usager doit faire preuve d’un sens de l’équilibre bien plus développé, notamment avec l’engagement du corps vers l’avant pour accélérer ou vers l’arrière pour ralentir. Il faut aussi parvenir à monter et à descendre les trottoirs qui se présentent irrémédiablement sur le chemin des usagers.

Sans compter sur les défis que représente la mise en action / le démarrage avec une monoroue. Il n’a rien d’instinctif ni de naturel. Le risque de chute constitue un frein non négligeable à l’achat de ce type de produit, comme le souligne Charlotte Jacob sur TransportShaker. Il est intéressant de voir que l’autrice mettait davantage en avant l’inquiétude des constructeurs de voir une législation répressive se mettre en place, plutôt que de se questionner sur la facilité de prise en main du produit. L’expérience de la trottinette a montré que lorsqu’un usage se généralise, les institutions n’ont souvent pas d’autres choix que d’accompagner le mouvement.

La praticité des vélos électriques, trottinettes électriques et gyropodes : un facteur à considérer

Tout engin quel qu’il soit doit répondre à des critères de praticités pour faciliter la vie de l’usager. Frédéric Héran met en avant la nécessité d’avoir une position d’usage confortable, que l’engin soit léger, transportable / pliable / compact et enfin qu’ils soit rigide. Ce dernier critère évitant également qu’il soit volé s’il peut être stocké à proximité de soi.

Quelles évolutions futures pourraient advenir pour le Vélo électrique, la trottinette et les différents types de gyropodeS ?

Le vélo électrique : des perspectives encourageantes malgré le ralentissement des ventes

Comme nous l’avons vu, le marché du vélo électrique est arrivé à maturité et a entamé une phase de déclin, où le renouvellement, l’innovation et la diversification joueront un rôle moteur. Une montée en gamme et les accessoires restent des sources de marges non négligeables dans un contexte de concurrence rude. La concentration du secteur est inéluctable : un oligopole à franges (Andreff, 2025) semble être la configuration la plus propable pour les années à venir, avec un nombre  réduit d’entreprises s’accaparant l’essentiel des parts de marché, complétées par quelques outsiders locaux, innovants et agiles. La diversification passera par une plus grande profondeur de gamme de produits VTC, VTT, vélos utilitaires et transporteurs. Les innovations pourraient incorporer davantage de technologies connectées te lles que des systèmes anti‑vol intégrés, diagnostics à distance, intégration avec les plateformes de mobilité, optimisation des trajets, etc.

Le dynamisme du marché repose également sur la capacité des différents acteurs à se coordonner : les fabricants avec des produits plus variés, mais aussi plus accessibles pour répondre à l’incertitude économique et pour aller chercher une clientèle moins favorisée. C’est pourquoi le marché des vélos électriques reconditionnés ne doit pas être négligés. Les institutionnels devront eux aussi s’engager dans des politiques volontaristes en matières d’aménagements des territoires. Quant aux pratiquants, leur mobilisation passera par une remise en question plus profonde du « tout voiture ». A l’heure actuelle, les urbains constituent l’essentiel des acheteurs de VAE, malgré tout, la voiture résiste en ville, même sur courte distance (INSEE, 2021). Par ailleurs, l’espace rural reste à conquérir, mais cela passe par une politique d’aménagement d’espaces cyclables hors des grandes agglomérations et là encore par une évolution des mentalités.

Parmi les facteurs de risque, soulignons le contexte macro‑économique incertain influençant le pouvoir d’achat, la grande volatilité des aides publiques et notamment les fluctuations des subventions qui jouent un rôle important dans l’achat de VAE. Enfin ajoutons la concurrence d’autres modes de déplacements doux ou alternatifs tels que la trottinette électrique, l’autopartage, voire les transports publics.

La trottinette électrique : une tendance à la stabilisation des gammes et des usages

L’usage de la trottinette s’est installé durablement dans les villes, plutôt auprès d’une population masculine de trentenaires. Tout comme pour le vélo électrique, le marché a entamé une phase de déclin aprs la forte hausse post-COVID. Comme pour d’autres produits technologiques, les consommateurs chercheront sans doute dans les années à venir des modèles plus fiables, durables et mieux équipés, ce qui aura tendance à faire augmenter mécaniquement le prix moyen des trottinettes vendues.

Parmi les ies innovations qui pourraient transformer les usages , citons :

  • Des batteries plus performantes, systèmes de sécurité assistés (freinage électronique, détection de collision).

  • Des interfaces connectées avec données de mobilité.

Par ailleurs, l’essor des trottinettes électriques est intimement lié aux infrastructures de circulation douces à disposition. L’absence d’un maillage très dense des infrastructures reste un frein dans les zones périurbaines ou rurales. La dimension intermodale de ces engins pourrait s’accroître.

Enfin, les usagers devront se montrer prudents dans leurs comportements qui pourraient amener à des durcissements de la législation et donc à un potentiel recul des ventes. Cela pourrait s’accompagner de campagne de sécurité routières dédiées.

Les gyropodes : un marché de niche, pénalisé par la prise en main

Comme nous l’avons vu, la maîtrise des techniques corporelles reste l’un des principaux freins à l’essor des gyropodes. Des produits techniques et hauts de gamme attirent une clientèle jeune, mais sur un marché de niche restreint. Les hoverboards et autres gyroroues peuvent compter sur leur caractère singulier pour attirer des clients en quête de distinction sociale.

L’accroissement des ventes ne pourra donc sans doute passer que par la conception d’engins à la prise en main facilitée par des innovations techniques ou technologiques.

La croissance devrait se montrer nettement plus modérée que celle des trottinettes électriques ou des vélos électriques, étant donné les barrières persistantes : prix d’achat relativement élevé, courbe d’apprentissage plus prononcée (surtout pour gyroroues), et réglementation localisée parfois contraignante.

Trafic dans un centre-ville (photo : pexels.com)

conclusion

Si l’analyse des chiffres du marché permet de déterminer dans quelle phase de son cycle de vie se situe un produit, l’apport des sciences humaines et sociales contribue à la compréhension de sa perception par les grand oublic et les institutions, ainsi qu’à la mise en lumière de ses évolutions futures. Elles permettent également de comparer des trajectoires passées, actuelles et à venir.

Dans le cas présenté ici du vélo électrique, de la trottinette électrique et des gyropodes, on constate que les deux premières ont bénéficié de leur capital passé et des représentations positives des usagers : leur existence remonte à plus d’un siècle et leur développement s’appuie sur un processus d’innovation incrémentiel, catalysé par de nouvelles demandes sociétales. Elles bénéficient également d’un réseau de circulation en croissance constante : pistes et bandes cyclables, véloroutes, voie vertes. Toutefois, une nuance s’impose : là où le vélo bénéficait d’une acceptation institutionnelle forte, la trottinette électrique a dû démontrer son potentiel de moyen de déplacement alternatif en s’émancipant de son image de jouet. Par ailleurs, la trottinette électrique et le vélo ont dépassé le stade de plateau et le marché se contracte avec un taux d’équipement élevé. Pour le vélo électrique, la conquête de nouvelles parts de marché pourrait passer par une baisse des prix du matériel, une diversification des gammes et le développement des aménagements de mobilité douce, que ce soit dans le contexte urbain ou rural. Les trottinettes électriques devraient continuer leur montée en gamme et bénéficier d’un plus grand degré d’accessoirisation basée sur de multiples innovations technologiques du secteur de la mobilité. Enfin, la famille des gyropodes, quant à elle, a connu une croissance moins marquée, inhibée par la difficulté d’acquisition de ses techniques corporelles. Il est donc peu probable qu’elle connaisse des jours meilleurs.

En bref – tableau récapitulatif

Critère Vélos électriques (VAE) Trottinettes électriques Gyropodes (hoverboards, gyroroues, Segways)
Situation actuelle (2024‑2025) Marché mature mais en léger recul de volume. ~29 % des ventes de vélos sont des VAE. Usage urbain et loisir. Marché en consolidation après pic post‑Covid. Usage urbain pour le dernier kilomètre, loisir et mobilité partagée. Marché de niche, moins volumineux que VAE et trottinettes. Usage récréatif majoritaire, adoption utilitaire limitée.
Croissance attendue 5 ans (2030) Croissance soutenue, TCAC ≈ 8‑10 %. Usage utilitaire et loisir en expansion. Développement du reconditionné et location. Croissance modérée, stabilisation du marché. Adoption plus régulière pour trajets domicile‑travail, marché du sharing consolidé. Croissance modérée, hoverboards +6 % CAGR, gyroroues +7‑8 % CAGR. Usage récréatif prédominant, adoption utilitaire naissante.
Croissance attendue 10 ans (2035) Expansion structurelle, intégration dans services multimodaux, diversification (cargo, urbain, loisir), innovations technologiques et connectivité. Consolidation dans mobilité urbaine, intégration dans MaaS, montée en gamme, sécurité et autonomie accrues. Expansion plus profonde grâce à intégration dans mobilité multimodale, technologie améliorée (batteries, sécurité, connectivité), adoption utilitaire accrue sur niches spécifiques.
Facteurs moteurs Subventions et aides publiques, urbanisation, préoccupations environnementales, infrastructures cyclables, innovations produit. Objectifs mobilité durable, densification des pistes cyclables, plateformes de partage, innovations sécurité et autonomie. Urbanisation, besoins de micro‑mobilité courte distance, innovations de stabilité et connectivité, adoption récréative et campus/entreprises.
Facteurs freins / risques Prix relativement élevé, concurrence automobile et transports publics, dépendance aux aides publiques. Réglementations locales (zones limitées), sécurité, saturation du marché urbain, concurrence des VAE et trottinettes partagées. Courbe d’apprentissage plus difficile, réglementation locale restrictive, adoption limitée hors loisirs, prix et sécurité.
Segmentation usage Urbain (domicile‑travail), loisir, cargo/utilitaire, loisirs sportifs. Urbain court trajet, partage, loisir, complément transport public. Loisir et récréatif majoritaire, campus/entreprises, monoroues/utilitaires spécifiques en croissance lente.

Références mobilisées pour cet article

Alter, L. (3 mai 2020) The Autoped Was the World’s First Scooter. Treehugger.

Andreff, W. (2025). Sport et économie au XXIe siècle. Paris, France : La Découverte.

Héran, F. (2018). Les nouvelles formes de la mobilité : trottinettes électriques, hoverboards, bicyclettes électriques… Annales des Mines – Réalités industrielles, Mai 2018(2), 36-40. Annales des Mies – Réalités Industrielles.

Jacob, C. (2016). Gyropodes et autres engins électriques sont-ils menacés ? Transportshaker.

Tardy H., Amoros E., Ndiaye A, Gadegbeku B. (26 juin 2024) Caractéristiques des victimes d’accidents de trottinettes électriques ou autres engins de déplacement personnel, comparaison aux blessés à vélo, registre du Rhône 2015-2019. Santé Publique France.

Wikipedia (?). Gyropode. Wikipedia.

Wikipedia (?). Gyroskate. Wikipedia.

Wikipedia (?). Vélo électrique. Wikipedia.

Wikipedia (?). Trottinette électrique. Wikipedia.

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