étude de cas

Les mobilités alternatives : vélo électrique, trottinette électrique, gyropodes

Mobilités alternatives : vélo électrique, trottinette électrique, gyropodes

En l’espace d’une dizaine d’années les mobilités électriques alternatives sont passées du statut de phénomène de mode à un ancrage sociétal durable. Pourtant, toutes les modalités de déplacement assistées n’ont pas bénéficié du même accueil ni évolué de la même manière. Dans ce condensé d’étude de cas, passons à la loupe les cas du vélo électrique, de la trottinette électrique et des différents types de gyropodes.

Catégories

Modes
Tendances sociétales
Mobilités douces

Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

« Vélo électrique, trottinette électrique et gyropodes : trois modalités de transport assez similaires et des résultats pourtant contrastés »

Lady Florence Norman sur sa trottinette motoriée (Londres, 1916) - source : Wikipedia

Courte Histoire du vélo electrique, de la trottinette électrique et des gyropodes

Les premiers vélos électriques remontent à la fin du XIXe siècle

Les premiers vélocipèdes remontent à 1817 avec la fameuse draisienne du Baron Von Drais. Dès leur apparition, ils sont importés et distribués à Paris par Jean Garcin, patineur à glace et à roulettes émérite sous l’Empire et la Restauration. Des traces de motorisation électrique nous emmènent en 1895 avec le brevet d’Ordger Bolton Jr. Le moteur se monte alors sur la roue arrière. A peine deux années plus tard, Hosea W. Libbey intègre déjà un double moteur électrique dans l’axe du pédalier.

A la fin des années 1930, EMI Philips produit des vélos électriques en série et les commercialise. D’autres marques suivront dans les années 1940 et 1960 aux Etats-Unis. En 1982, l’allemand Egon Gelhard se réapprorie le concept du vélo électrique. Puis, en 1993, Yamaha lance son premier modèle et incite d’autres marques japonaises à faire de même pour dynamiser ce marché naissant. 

Les perfectionnements techniques avec le passage des batteries au plomb vers les batteries au nickel et au lithium fait gagner en légèreté et en autonomie. En quelques années, le marché chinois explose avec 16 millions d’unités vendues en 2006.

La trottinette motorisée : plus ancienne qu’on ne l’imagine !

Le premier brevet de trottinette motorisée remonte au L’illustration ci-contre montre la suffragette Lady Florence Norman se rendant au bureau en trottinette motorisée (scooter en anglais) à Londres en 1916. Il s’agit alors d’un modèle thermique produit par le firme Autoped. Et le guidon était déjà pliable. Les notions francophone de trottinette motorisée et anglophone de scooter se téléscopent. La polysémie de scooter, qui fait aussi référence aux deux roues avec selles (type Vespa par exemple), peut prêter à confusion. Il faut donc être prudent quant à leur utilisation. Nous partons du principe qu’une trottinette doit être dépourvue de siège pour correspondre au design dominant actuel. Relevons au passage que la trottinette a été un engin de déplacement avant d’être un jouet pour enfant popularisé dans les années 1960, puis d’être réactivée par la mode du début des années 2000.

Gyropodes, Segway, Hoverboards

A la différence du vélo et de la trottinette électrique, il n’existe pas de design dominant pour les produits de type gyropode. La marque Segway, dont les premiers modèles sont sortis entre 2001 et 2006, a fait le choix d’une plateforme avec deux roues latérales et un guidon. Le Gyroskate ou Hoverboard (2014) se passe du guidon. Les gyroroues (2005), quant à elles réduisent l’appareil au strict minimum avec des cales de pieds de part et d’autre d’une grande roue centrale.

On voit clairement à travers ces trois historiques des temporalités de naissance et d’expansion différentes, en particulier pour le dernier segment, bien plus récent que les deux précédents.

 

Différents types de mobilites alternatives à prendre en compte

Dans un article consacré aux nouvelles formes de mobilité, Frédéric Héran (2018) explore une large typologie d’engins allant des patins à roulettes aux triporteurs. Il distingue plusieurs types de mobilités :

  • La mobilité ludique regroupant roller, skateboardhoverboard, gyropode, monoroue
  • La micromobilité avec  trottinette, draisienne, vélo pliant rudimentaire
  • Les mobilités alternatives comprenant vélo de ville classique, VAE, vélo couché, vélomobile, biporteurs, triporteurs

Cette segmentation est intéressante mais trouve ses limites dans le fait qu’un engin quel qu’il soit peut s’utiliser de façon ludique comme de façon utilitaire. En outre, l’évolution technologique du matériel participe à flouter les frontières entre ces familles.

 

Quelques chiffres de ventes et d’intérêt sur google pour les mobilités alternatives

Evolution des ventes de vélos électriques

Les ventes de vélos électriques et de vélos dit « musculaires » ont ralenti dès 2023. Selon l’Union Sports et Cycles, il se vendait 2,59 millions d’exemplaires (électriques et musculaires) en 2022 et 2,24 millions en 2023.

Selon cleanrider.com, concernant le vélo électrique seul, le pic du marché a été atteint en 2019 avec 2,224 millions d’exemplaires contre 2,17 millions en 2020, 2,13 millions en 2021, 1,857 millions en 20222 et 1,559 en 2023. La phase de plateau a donc été atteinte au moment de la pandémie de COVID19. Le marché évolue de façon contrastée avec un intérêt plus marqué pour les VTC et les vélos de course en croissance, alors que les vélos pliants et vélos de ville sont en repli. La segmentation de l’offre permet donc aux fabricants de limiter la casse sur certaines niches.

En 2023, le prix moyen était stable aux alentours de 2.000 € pour un vélo à assistance électrique. Un budget important qui pourrait expliquer la réticence des ménages à investir en période d’incertitude.

Un intérêt en baisse, confirmé par les recherches sur Internet

L’évolution du nombre de requêtes sur Google Trends sur l’expression « vélo électrique » montre tout d’abord une forte saisonnalité de la demande. Ces trois dernières années, le pic d’intérêt dans les recherches se situe sur les mois d’été et particulièrement au mois d’août. La région des Pays de la Loire regroupe le plus grand pourcentage d’utilisation du mot clé « vélo électrique » devant la Basse-Normandie et la Bretagne. La relative stabilité de l’intérêt d’année en année confirme la tendance observée dans les ventes.

Evolution de l'intérêt pour les vélos électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour les vélos électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

 

 

 

Jeune femme en vélo électrique (photo : pexels.com)
Trottinettes électriques en libre accès

Evolution des ventes de trottinettes électriques depuis 2016

Il faut attendre les années 2016-2017 pour voir la demande s’accélérer en France avec 100.000 unités vendues en 2017. Selon Mobilians, le pic des ventes en quantité a été atteint en 2021 avec 908.000 exemplaires vendus et le pic en valeur a été atteint en 2022 avec 348 millions d’Euros. 4,5 millions de trottinettes électriques ont été vendues en France entre 2016 et 2024 et 3,6 millions de 2020 à 2024. Alors qu’un million d’exemplaires étaient attendus en 2023, les ventes ont chuté de 16% en 2024 avec 615.000 exemplaires vendus. Selon l’ADEME, la France comptait 2,5 millions d’usagers de la trottinette électrique en 2023, essentiellement des hommes entre 30 et 45 ans.

Un intérêt en baisse, confirmé par les recherches sur Internet

L’évolution du nombre de requêtes sur l’expression « trottinette électrique » marque un recul visible ces dernières années, montrant que la phase de croissance et que la phase de plateau sont achevées dans le cycle de vie du produit. Selon le huitième Baromètre du marché de la micromobilité, publié par Mobilians et Smart Mobility Lab, les ventes de trottinettes électriques en France ont baissé de 9 % en 2024. A l’inverse du vélo électrique dont la stabilisation est plus nette, la trottinette électrique connaît une érosion progressive de l’intérêt des internautes sur Google Trends.

Evolution de l'intérêt pour les trottinettes électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour les trottinettes électriques sur Google Trends de 2017 à 2025

 

 

 

Segways, gyropodes, hoverboard – un marché plus complexe à évaluer

Les chiffres de vente du marché de la micro-mobilité peinent à distinguer les types d’engins, souvent réunis sous le qualificatif d’EDP (Engins de Déplacement Personnel). Toutefois, les données disponibles concernant les gyroroues sont sans commune mesure avec ceux de la trottinette et du vélo électrique. Selon Weebot, bien que les ventes aient augmenté de 30% en 2020, seulement 7100 exemplaires de gyroroues avaient été vendus en 2020.

Le prix pourrait positionner les gyroroues en concurrents du vélo électrique, mais leur tarif oscille tout de même entre 400 € et près de 4.000 € selon les modèles. Un Segway, plus sûr mais beaucoup plus cher, varie entre 5.000 et près de 10.000 €.

Une popularité relative pour les Hoverboard, un regain du Segway

Sur la période de 2017 à 2025, les hoverboards ont vu leur apogée en 2018, avec une demande émanant notamment des plus jeunes qui y trouvaient un usage ludique.  L’intérêt s’est essoufflé progressivement. A contrario, l’intérêt pour le Segway semble connaître un renouveau sur l’année 2025. Les gyroroues et autres gyropodes constituent une faible part des requêtes sur Google. Parmi les gyropodes, le Segway se positionne comme produit le plus cher, mais aussi comme le plus sûr et le plus accessible en termes de maîtrise technique. Nous en reparlerons dans le prochaine partie. Par ailleurs, il est possible que le Segway soit poussé par le marché de la location touristique.

Evolution de l'intérêt pour les engins de la famille des gyropodes sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour les engins de la famille des gyropodes sur Google Trends de 2017 à 2025

 

 

 

Segways sur les quais d'une rivière

Evolution des ventes de trottinettes électriques depuis 2016

Si l’on effectue une analyse comparée de l’intérêt pour les trois modalités de déplacements électrifiés, force est de constater que la trottinette électrique suscite encore largement l’intérêt des usagers, devant le vélo électrique. Vélos et trottinettes partagent d’ailleurs les mêmes évolutions et une saisonnalité similaire dans les recherches. Les gyropodes, que nous avons englobé sous l’appellation la plus récurrente d’hoverboard, ne constituent qu’une très faible part du marché des engins de déplacement personnel. C’est un constrate qu’il conviendra notamment d’analyser sous l’angle des représentations et des techniques corporelles.

Evolution de l'intérêt pour le vélo électrique, la trottinette électrique et l'hoverboard sur Google Trends de 2017 à 2025

Evolution de l’intérêt pour le vélo électrique, la trottinette électrique et l’hoverboard sur Google Trends de 2017 à 2025

Vélos électriques, trottinettes électriques et gyropode sous l’angle des représentations et des techniques corporelles

L’image que l’on se fait des pratiques

Il paraît pertinent de mettre en perspective les réussites et les « échecs » en demi-teinte des trois mobilités évoquées précédemment au regard des représentations que nous pouvons en avoir. Vélos et trottinettes électriques ou gyropodes ne renvoient pas les mêmes signes et leurs utilisateurs ne leurs donnent pas le même sens.

Si leur motorisation électrique reste un dénominateur commun qui évoque l’écologie, voire les économies budgétaires, tous ne convoquent pas les mêmes imaginaires.

Le vélo électrique : une pratique ancrée culturellement et validée par l’institution

Le vélo est une pratique socialement acceptée, largement institutionnalisée. Elle figure parfois dans les programmes scolaires et les enfants sont initiés en vélo à la sécurité routière dès l’école primaire. Par ailleurs, le vélo figure également dans le code de la route, preuve de son ancrage culturel profond. Ainsi, le marché du vélo électrique bénéficie donc, de facto, de conditions de développement favorables.

La trottinette : une madeleine de Proust ?

Dans le même esprit que le vélo, la trottinette convoque des souvenirs d’enfance. Les plus anciens se souviendront de beaux modèles en métal, peints en rouge et parfois dotés d’une pédale pour se propulser. Les trentenaires se remémoreront le retour des trottinettes pliables au début des années 2000 et les trottinettes freestyle des années 2010.

La perception des trottinettes a largement été influencée par l’évolution technologique des produits et la segmentation progressive du marché. Les modèles à grandes roues pour les déplacements donnaient une image plus sérieuse que les modèles à petites roues associés aux plus jeunes. Ces perfectionnements ont contribué à une évolution des représentations, passant d’un jouet d’enfant basique et bon marché à un mode de transport motorisé à plus haute technicité (freins à disque, feux avants et arrière, roues pneumatiques plus épaisses, suspensions…). L’électrification et l’objet hi-tech ont attiré une clientèle de jeunes adultes, majoritairement masculine, qui l’emploie volontiers en milieu urbain pour sa flexibilité et pour son style. Par la suite, l’arrivée progressive sur le marché de pièces détachées a permis à certains usagers de monter des modèles débridés qui nuisent largement à la réputation des trottiriders. Les images de trottinettes circulant à 90 km/h voire plus sur les autoroutes et les poursuites avec la police font florès sur les réseaux sociaux.

La résistance au changement des institutions

Toujours est-il que le déferlement de trottinettes sur le marché n’a pas été sans susciter quelques débordements. Faute d’espaces de circulations dédiées et d’une législation appropriée) la trottinette électrique a accru les tensions dans le partage de l’espace publique. Elle est parvenue malgré tout à trouver sa place au même titre que les autres modalités de transports électriques alternatives : Non sans heurts et sans quelques résistances institutionnelles comme le montre l’exemple de Paris où le libre-service a été interdit. La pression sociale a finalement amené l’institution étatique à légiférer pour l’intégrer au code de la route, bon gré, mal gré.

Les gyropodes, hoverboard et Segway : des représentations multiples

Faire le choix d’une gyroroue envoie le message d’une personne plutôt jeune et moderne, sans doute un peu casse-cou. Cette technologie évoque une modalité de déplacement du futur, en particulier la monoroue.

Les hoverboards sont plutôt associés à la pratique enfantine. Peu utilisés dans les déplacements, ils font désormais plutôt office de jouets que de véritable mode de déplacement. Hoverboards et gyroroues ne bénéficient pas d’une image particulièrement favorable, notamment du fait qu’ils peuvent circuler à vive allure sur les trottoirs et effrayer les piétons (une critique qui pourrait d’ailleurs être faite à certains cyclistes).

Enfin, les Segways, quant à eux, ont plutôt investi le segment de la visite touristique. Leur évocation fait penser aux petits cortèges de touristes qui arpentent les villes avec leur guide. L’image avant-gardiste des débuts a fait place à une image plus vieillote et moins dynamique en somme. 

Segways sur les quais d'une rivière
Petites filles avec un hoverboard (pexels.com)

Une approche (éclairante) du succès du vélo et de la trottinette électrique par les techniques corporelles

Une fois que l’on a appréhendé la question du prix et des représentations comme freins à la diffusion d’une innovation, quels pourraient être les autres frein à l’essor  des différentes modalités de déplacement ? La difficulté d’acquisition des techniques corporelles et l’apprentissage sont à prendre en compte. Frédéric Héran fait notamment référence au polygone de sustentation pour aborder les différents engins : plus on a d’appuis au sol et plus ils sont espacés, plus on est stable !

La technique du vélo : intériorisée dès l’enfance

Même si l’apprentissage du vélo demande une certaine maîtrise technique, chacun d’entre nous l’a apprise dès son plus jeune âge.  Parfois par l’intermédiaire de la draisienne chez les plus jeunes, avec les petites roues sur les côtés de la roues arrière ensuite, puis en apprenant à pédaler. Apprendre le vélo peut être considéré comme l’une des étapes initiative qui ponctue l’enfance.

La transition vers la propulsion électrique se fait donc assez naturellement à l’âge adulte, tant la pratique vélocipédique s’est institutionnalisée et tant elle est prégnante dans notre culture.

La trottinette, facile d’apprentissage mais potentiellement risquée

L’apprentissage de la trottinette apparaît plus simple et plus instinctif que celui du vélo, et lui aussi intervient dès l’enfance. La propulsion à une jambe en tenant le guidon à deux mains donne une grande accessibilité à ce mode de transport (bien plus qu’une paire de rollers par exemple). Cette facilité, combinée à des gammes de prix plus abordables, a largement contribué à l’essor de l’usage des trottinettes électriques.

Toutefois, l’illusion de facilité de la trottinette entraîne un risque d’accident. En effet, les roues peuvent facilement glisser ou se coincer dans une ornière et le guidon se cabrer. En 2024, Santé Publique France a publié un rapport sur les caractéristiques des victimes d’accidents de trottinettes électriques ou autres engins de déplacement personnel, comparaison aux blessés à vélo dans le Rhône entre 2015 et 2019. Ce dernier souligne une multiplication par dix du nombre de victimes, essentiellement utilisatrices de trottinettes électriques. Toutefois, les blessures graves ne sont passées « que » de 10 à 49 personnes entre 2019 et 2024. En parallèle, le nombre de tués en vélo est passé de 187 à 224 selon cleanrider.com. Dans un cas comme dans l’autre, les morts interviennent généralement à la suite de collision avec des automobiles.

La famille des gyropodes demande une maîtrise technique supérieure

Que l’on utilise un gyropode à une ou à deux roues, la prise en main s’avère plus complexe qu’avec une trottinette ou un vélo électrique. L’usager doit faire preuve d’un sens de l’équilibre bien plus développé, notamment avec l’engagement du corps vers l’avant pour accélérer ou vers l’arrière pour ralentir. Il faut aussi parvenir à monter et à descendre les trottoirs qui se présentent irrémédiablement sur le chemin des usagers.

Sans compter sur les défis que représente la mise en action / le démarrage avec une monoroue. Il n’a rien d’instinctif ni de naturel. Le risque de chute constitue un frein non négligeable à l’achat de ce type de produit, comme le souligne Charlotte Jacob sur TransportShaker. Il est intéressant de voir que l’autrice mettait davantage en avant l’inquiétude des constructeurs de voir une législation répressive se mettre en place, plutôt que de se questionner sur la facilité de prise en main du produit. L’expérience de la trottinette a montré que lorsqu’un usage se généralise, les institutions n’ont souvent pas d’autres choix que d’accompagner le mouvement.

La praticité des vélos électriques, trottinettes électriques et gyropodes : un facteur à considérer

Tout engin quel qu’il soit doit répondre à des critères de praticités pour faciliter la vie de l’usager. Frédéric Héran met en avant la nécessité d’avoir une position d’usage confortable, que l’engin soit léger, transportable / pliable / compact et enfin qu’ils soit rigide. Ce dernier critère évitant également qu’il soit volé s’il peut être stocké à proximité de soi.

Quelles évolutions futures pourraient advenir pour le Vélo électrique, la trottinette et les différents types de gyropodeS ?

Le vélo électrique : des perspectives encourageantes malgré le ralentissement des ventes

Comme nous l’avons vu, le marché du vélo électrique est arrivé à maturité et a entamé une phase de déclin, où le renouvellement, l’innovation et la diversification joueront un rôle moteur. Une montée en gamme et les accessoires restent des sources de marges non négligeables dans un contexte de concurrence rude. La concentration du secteur est inéluctable : un oligopole à franges (Andreff, 2025) semble être la configuration la plus propable pour les années à venir, avec un nombre  réduit d’entreprises s’accaparant l’essentiel des parts de marché, complétées par quelques outsiders locaux, innovants et agiles. La diversification passera par une plus grande profondeur de gamme de produits VTC, VTT, vélos utilitaires et transporteurs. Les innovations pourraient incorporer davantage de technologies connectées te lles que des systèmes anti‑vol intégrés, diagnostics à distance, intégration avec les plateformes de mobilité, optimisation des trajets, etc.

Le dynamisme du marché repose également sur la capacité des différents acteurs à se coordonner : les fabricants avec des produits plus variés, mais aussi plus accessibles pour répondre à l’incertitude économique et pour aller chercher une clientèle moins favorisée. C’est pourquoi le marché des vélos électriques reconditionnés ne doit pas être négligés. Les institutionnels devront eux aussi s’engager dans des politiques volontaristes en matières d’aménagements des territoires. Quant aux pratiquants, leur mobilisation passera par une remise en question plus profonde du « tout voiture ». A l’heure actuelle, les urbains constituent l’essentiel des acheteurs de VAE, malgré tout, la voiture résiste en ville, même sur courte distance (INSEE, 2021). Par ailleurs, l’espace rural reste à conquérir, mais cela passe par une politique d’aménagement d’espaces cyclables hors des grandes agglomérations et là encore par une évolution des mentalités.

Parmi les facteurs de risque, soulignons le contexte macro‑économique incertain influençant le pouvoir d’achat, la grande volatilité des aides publiques et notamment les fluctuations des subventions qui jouent un rôle important dans l’achat de VAE. Enfin ajoutons la concurrence d’autres modes de déplacements doux ou alternatifs tels que la trottinette électrique, l’autopartage, voire les transports publics.

La trottinette électrique : une tendance à la stabilisation des gammes et des usages

L’usage de la trottinette s’est installé durablement dans les villes, plutôt auprès d’une population masculine de trentenaires. Tout comme pour le vélo électrique, le marché a entamé une phase de déclin aprs la forte hausse post-COVID. Comme pour d’autres produits technologiques, les consommateurs chercheront sans doute dans les années à venir des modèles plus fiables, durables et mieux équipés, ce qui aura tendance à faire augmenter mécaniquement le prix moyen des trottinettes vendues.

Parmi les ies innovations qui pourraient transformer les usages , citons :

  • Des batteries plus performantes, systèmes de sécurité assistés (freinage électronique, détection de collision).

  • Des interfaces connectées avec données de mobilité.

Par ailleurs, l’essor des trottinettes électriques est intimement lié aux infrastructures de circulation douces à disposition. L’absence d’un maillage très dense des infrastructures reste un frein dans les zones périurbaines ou rurales. La dimension intermodale de ces engins pourrait s’accroître.

Enfin, les usagers devront se montrer prudents dans leurs comportements qui pourraient amener à des durcissements de la législation et donc à un potentiel recul des ventes. Cela pourrait s’accompagner de campagne de sécurité routières dédiées.

Les gyropodes : un marché de niche, pénalisé par la prise en main

Comme nous l’avons vu, la maîtrise des techniques corporelles reste l’un des principaux freins à l’essor des gyropodes. Des produits techniques et hauts de gamme attirent une clientèle jeune, mais sur un marché de niche restreint. Les hoverboards et autres gyroroues peuvent compter sur leur caractère singulier pour attirer des clients en quête de distinction sociale.

L’accroissement des ventes ne pourra donc sans doute passer que par la conception d’engins à la prise en main facilitée par des innovations techniques ou technologiques.

La croissance devrait se montrer nettement plus modérée que celle des trottinettes électriques ou des vélos électriques, étant donné les barrières persistantes : prix d’achat relativement élevé, courbe d’apprentissage plus prononcée (surtout pour gyroroues), et réglementation localisée parfois contraignante.

Trafic dans un centre-ville (photo : pexels.com)

conclusion

Si l’analyse des chiffres du marché permet de déterminer dans quelle phase de son cycle de vie se situe un produit, l’apport des sciences humaines et sociales contribue à la compréhension de sa perception par les grand oublic et les institutions, ainsi qu’à la mise en lumière de ses évolutions futures. Elles permettent également de comparer des trajectoires passées, actuelles et à venir.

Dans le cas présenté ici du vélo électrique, de la trottinette électrique et des gyropodes, on constate que les deux premières ont bénéficié de leur capital passé et des représentations positives des usagers : leur existence remonte à plus d’un siècle et leur développement s’appuie sur un processus d’innovation incrémentiel, catalysé par de nouvelles demandes sociétales. Elles bénéficient également d’un réseau de circulation en croissance constante : pistes et bandes cyclables, véloroutes, voie vertes. Toutefois, une nuance s’impose : là où le vélo bénéficait d’une acceptation institutionnelle forte, la trottinette électrique a dû démontrer son potentiel de moyen de déplacement alternatif en s’émancipant de son image de jouet. Par ailleurs, la trottinette électrique et le vélo ont dépassé le stade de plateau et le marché se contracte avec un taux d’équipement élevé. Pour le vélo électrique, la conquête de nouvelles parts de marché pourrait passer par une baisse des prix du matériel, une diversification des gammes et le développement des aménagements de mobilité douce, que ce soit dans le contexte urbain ou rural. Les trottinettes électriques devraient continuer leur montée en gamme et bénéficier d’un plus grand degré d’accessoirisation basée sur de multiples innovations technologiques du secteur de la mobilité. Enfin, la famille des gyropodes, quant à elle, a connu une croissance moins marquée, inhibée par la difficulté d’acquisition de ses techniques corporelles. Il est donc peu probable qu’elle connaisse des jours meilleurs.

En bref – tableau récapitulatif

Critère Vélos électriques (VAE) Trottinettes électriques Gyropodes (hoverboards, gyroroues, Segways)
Situation actuelle (2024‑2025) Marché mature mais en léger recul de volume. ~29 % des ventes de vélos sont des VAE. Usage urbain et loisir. Marché en consolidation après pic post‑Covid. Usage urbain pour le dernier kilomètre, loisir et mobilité partagée. Marché de niche, moins volumineux que VAE et trottinettes. Usage récréatif majoritaire, adoption utilitaire limitée.
Croissance attendue 5 ans (2030) Croissance soutenue, TCAC ≈ 8‑10 %. Usage utilitaire et loisir en expansion. Développement du reconditionné et location. Croissance modérée, stabilisation du marché. Adoption plus régulière pour trajets domicile‑travail, marché du sharing consolidé. Croissance modérée, hoverboards +6 % CAGR, gyroroues +7‑8 % CAGR. Usage récréatif prédominant, adoption utilitaire naissante.
Croissance attendue 10 ans (2035) Expansion structurelle, intégration dans services multimodaux, diversification (cargo, urbain, loisir), innovations technologiques et connectivité. Consolidation dans mobilité urbaine, intégration dans MaaS, montée en gamme, sécurité et autonomie accrues. Expansion plus profonde grâce à intégration dans mobilité multimodale, technologie améliorée (batteries, sécurité, connectivité), adoption utilitaire accrue sur niches spécifiques.
Facteurs moteurs Subventions et aides publiques, urbanisation, préoccupations environnementales, infrastructures cyclables, innovations produit. Objectifs mobilité durable, densification des pistes cyclables, plateformes de partage, innovations sécurité et autonomie. Urbanisation, besoins de micro‑mobilité courte distance, innovations de stabilité et connectivité, adoption récréative et campus/entreprises.
Facteurs freins / risques Prix relativement élevé, concurrence automobile et transports publics, dépendance aux aides publiques. Réglementations locales (zones limitées), sécurité, saturation du marché urbain, concurrence des VAE et trottinettes partagées. Courbe d’apprentissage plus difficile, réglementation locale restrictive, adoption limitée hors loisirs, prix et sécurité.
Segmentation usage Urbain (domicile‑travail), loisir, cargo/utilitaire, loisirs sportifs. Urbain court trajet, partage, loisir, complément transport public. Loisir et récréatif majoritaire, campus/entreprises, monoroues/utilitaires spécifiques en croissance lente.

Références mobilisées pour cet article

Alter, L. (3 mai 2020) The Autoped Was the World’s First Scooter. Treehugger.

Andreff, W. (2025). Sport et économie au XXIe siècle. Paris, France : La Découverte.

Héran, F. (2018). Les nouvelles formes de la mobilité : trottinettes électriques, hoverboards, bicyclettes électriques… Annales des Mines – Réalités industrielles, Mai 2018(2), 36-40. Annales des Mies – Réalités Industrielles.

Jacob, C. (2016). Gyropodes et autres engins électriques sont-ils menacés ? Transportshaker.

Tardy H., Amoros E., Ndiaye A, Gadegbeku B. (26 juin 2024) Caractéristiques des victimes d’accidents de trottinettes électriques ou autres engins de déplacement personnel, comparaison aux blessés à vélo, registre du Rhône 2015-2019. Santé Publique France.

Wikipedia (?). Gyropode. Wikipedia.

Wikipedia (?). Gyroskate. Wikipedia.

Wikipedia (?). Vélo électrique. Wikipedia.

Wikipedia (?). Trottinette électrique. Wikipedia.

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