étude de cas

Quel avenir pour le financement participatif ou crowdfunding ?

Tirelire cochon bleu

Les instances publiques définissent le crowfunding (ou financement participatif) comme la possibilité pour un porteur de projet de collecter des fonds sur Internet. La collecte s’opère grâce à des plateformes dédiées sur lesquelles les contributeurs font le choix de financer un projet spécifique. Il en existe une multitude de forme, avec ou sans rétribution.

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Auteur

Alexandre Chartier
Bordeaux

 » Il faut remettre en perspective l’évolution du traitement des contenus produits par les sites éditoriaux depuis plus de 20 ans. »

Petit cadeau dans les mains d'une femme (pexels.com - Liza Summer)

Evolution des relations entre moteurs de recherches et producteurs de contenus

L’évolution du crowdfunding : d’une pratique marginale à un instrument structurant de l’économie de projet

Le crowdfunding, ou financement participatif, désigne un ensemble de dispositifs permettant de collecter des fonds auprès d’un grand nombre de contributeurs, le plus souvent par l’intermédiaire de plateformes numériques. S’il est aujourd’hui intégré aux politiques publiques, aux stratégies entrepreneuriales et aux industries culturelles, il s’est constitué progressivement, à l’intersection de transformations technologiques, économiques et culturelles.

1. Antécédents et genèse du financement participatif

Bien que le terme « crowdfunding » n’apparaisse qu’au début des années 2000, ses principes ne sont pas entièrement nouveaux. Des formes de financement collectif existent historiquement, par exemple à travers les souscriptions publiques au XIXᵉ siècle (financement d’œuvres artistiques, de monuments ou de journaux), ou encore les systèmes de tontines et de coopératives. Ces dispositifs reposaient déjà sur la mutualisation des contributions et sur une logique de confiance collective.

La spécificité du crowdfunding contemporain réside toutefois dans sa médiation numérique. L’essor d’Internet, puis du Web 2.0, a permis de réduire drastiquement les coûts de coordination, de diffusion de l’information et de transaction, rendant possible la mobilisation rapide de communautés étendues autour de projets ciblés.

2. Les premières plateformes et l’ancrage culturel (années 2000)

Les premières formes stabilisées de crowdfunding apparaissent au milieu des années 2000, principalement dans les secteurs culturels et créatifs. Des plateformes comme ArtistShare (2003) ou Sellaband (2006) proposent aux internautes de financer directement des artistes ou des albums musicaux. En 2009, le lancement de Kickstarter marque un tournant, en popularisant le modèle du financement par récompense (reward-based crowdfunding) et en l’étendant à des projets technologiques, ludiques et entrepreneuriaux.

À ce stade, le crowdfunding est largement associé à des valeurs culturelles spécifiques : soutien à la création indépendante, désintermédiation, participation des publics, et critique implicite des circuits de financement traditionnels. La contribution financière est fréquemment couplée à une dimension symbolique ou communautaire.

3. Diversification des modèles et institutionnalisation (années 2010)

Au cours des années 2010, le crowdfunding connaît une phase de diversification rapide. Plusieurs modèles coexistent désormais :
– le don, avec ou sans contrepartie, souvent mobilisé pour des projets culturels, associatifs ou humanitaires ;
– le prêt (crowdlending), qui s’inscrit dans une logique financière plus classique ;
– l’investissement en capital (equity crowdfunding), permettant aux contributeurs de devenir actionnaires ;
– des formes hybrides intégrant précommandes, abonnements ou royalties.

Parallèlement, le secteur fait l’objet d’une institutionnalisation croissante. De nombreux États mettent en place des cadres juridiques spécifiques, notamment pour sécuriser les transactions financières et protéger les contributeurs. En Europe, par exemple, les années 2014–2021 sont marquées par une normalisation progressive du financement participatif, avec l’intervention des autorités de régulation financière.

Cette période correspond également à une montée en puissance des acteurs professionnels : plateformes spécialisées, agences de communication dédiées aux campagnes, intégration du crowdfunding dans les stratégies de lancement de produits.

4. Du financement alternatif à l’outil stratégique

À partir de la fin des années 2010, le crowdfunding cesse progressivement d’être perçu uniquement comme une alternative marginale au financement bancaire ou institutionnel. Il devient un outil stratégique à part entière, utilisé pour tester des marchés, valider une demande, mobiliser des communautés ou produire des indicateurs d’intérêt avant une industrialisation.

Dans cette perspective, la contribution financière joue souvent un rôle secondaire par rapport aux données produites : nombre de contributeurs, profils sociologiques, engagement sur les réseaux sociaux. Le crowdfunding s’inscrit alors dans une économie de la preuve et de la visibilité, où la réussite d’une campagne fonctionne comme un signal adressé à d’autres financeurs (investisseurs, distributeurs, institutions).

5. Reconfigurations récentes et enjeux contemporains

Depuis le début des années 2020, plusieurs dynamiques redéfinissent les contours du crowdfunding. D’une part, le secteur est confronté à une saturation relative de l’attention, avec une concurrence accrue entre projets et une professionnalisation qui tend à exclure les porteurs les moins dotés en ressources communicationnelles. D’autre part, on observe une polarisation entre, d’un côté, de grandes plateformes intégrées à des écosystèmes financiers globaux et, de l’autre, des plateformes de niche revendiquant un ancrage territorial ou sectoriel.

Enfin, le crowdfunding s’inscrit désormais dans des problématiques plus larges : transition écologique, relocalisation productive, économie sociale et solidaire. Il est mobilisé comme dispositif de légitimation sociale autant que comme mécanisme financier, ce qui interroge ses promesses initiales de démocratisation.

Conclusion

L’histoire du crowdfunding montre le passage d’une pratique expérimentale et culturellement marquée à un dispositif stabilisé, intégré aux structures économiques contemporaines. Cette évolution s’accompagne de tensions récurrentes entre idéaux participatifs et logiques de marché, entre ouverture et sélection, entre innovation sociale et normalisation financière. À ce titre, le crowdfunding constitue un observatoire privilégié des transformations actuelles des modes de financement, mais aussi des formes contemporaines de participation économique.

 

« Si c’est gratuit, c’est toi le produit »

En parallèle, les espaces publicitaires ont largement investi les pages de résultats de recherche, de même que le référencement payant s’est généralisé : « si tu n’est pas assez bon pour bien figurer en haut d’une page de résultats à l’issue d’une requête, tu peux toujours payer pour être mieux placé ». Ainsi, au fil du temps, les résultats naturels sont descendus dans les pages pour laisser place aux liens sponsorisés. Le SEA s’est développé avec des systèmes d’enchères sur les mots clés. Par ailleurs, les cookies mis en place ont permis de capter de plus en plus de données sur les usagers, pour des publicités toujours plus ciblées et pertinentes.

Une situation quasi-monopoliste dangereuse

Autant de majoritairement revenus majoritairement captés par un Google quasi monopolistique avec 87% de part de marché en 2025 en France en 2025. Un chiffre colossal si l’on réfléchit au pouvoir que cela donne à la société d’Alphabet, maison-mère de Google. Du jour au lendemain, le moteur peut arbitrairement décider de désindexer une page et signer son arrêt de mort numérique. Il reste bien sûr les réseaux sociaux, mais le serveur rendu n’est pas nécessairement identique.

De même que si le site éditorial vendait des espaces publicitaires sous forme de Adwords, Google peut décréter que vous êtes allé à l’encontre d’une de ses règles et vous bannir définitivement de son programme, vous privant d’une source de revenu, sans véritable moyen de contestation de la décision. Parvenir à dialoguer avec une personne physique de ces questions relève de la mission impossible.

Pourquoi souligner ces points ? L’article devait initialement traiter de Gemini !

Nous allons y venir ! Ce raisonnement a pour finalité de montrer que les sites avec un contenu éditorial a forte valeur ajoutée ont vu leurs possibilités de générer des revenus fondre comme neige au soleil depuis 20 ans.

Carte du monde avec des pièces de monnaie (pexels.fr - Gabby K)
Pièces qui tombent sur une table en bois

La position zéro : le début de la fin pour les sites d’information ?

Est ensuite arrivée ce que les référenceurs ont appelé la position zéro : un extrait dépouillé du contenu produit par un site. C’est à dire que le moteur de recherche met en avant un site au dessus de tous les autres. Une position fort intéressante mais ultra-concurrentielle. Cette fonctionnalité a marqué un premier virage dans le dépouillement des droits d’auteurs des sites. En effet, bien que le site source soit cité, il n’est plus nécessaire de le visiter pour trouver la réponse à sa question. Il suffit de la lire directement sur la page de résultats du moteur de recherche.

Moins de clics pour le site = moins de visites = moins de revenus publicitaires. CQFD.

Les réseaux sociaux entrent dans l’équation

En parallèle, les sites d’information ont connu un autre bouleversement : l’arrivée des réseaux sociaux. Le fait que les internautes puisse poster des contenus par eux-mêmes a complètement bousculé le monde de la presse digitale. Les médias classiques, à peine remis de leur passage au numérique, ont vu une partie de leurs « contenus chauds » (d’actualités) leur échapper : avec l’avènement des smartphones, chacun peut poster des résultats de compétitions, un fait divers ou des images de concert. Il a fallu remettre à plat toutes les stratégies éditoriales pour conserver de l’audience. Les contenus froids restent une alternative exploitable et intéressante en termes de référencement… pour peu que leur contenu ne soit pas pillé.

La précision redoutable des outils publicitaires des réseaux sociaux 

Par ailleurs, la publicité sur les sites d’information a sérieusement pris du plomb dans l’aile : Avec le développement des réseaux sociaux, les marques ont délaissé les pages Web éditorialisées des journaux et les blogs spécialisés. Exit les bannières au coût par clic ou au coût par affichage, ces outils semblent révolus. Les entreprises ont pu concentrer leurs investissement sur ce qu’un abus de langage qualifie de « médias sociaux« , preuve d’une dangereuse évolution des représentations de ce qu’est une source d’information. Les statistiques publicitaires particulièrement performantes de Facebook, Instagram ou autre permettent un ciblage remarquable. Elles offrent une réassurance que peu de sites traditionnels sont en mesure de suivre.

 

Avant le coup de grâce final, l’arrivée des I.A.

Les soucis des éditeurs de sites d’information ne se sont pas terminés avec l’arrivée des réseaux sociaux, les I.A. ont asséné un coup supplémentaire à leur économie. Depuis plusieurs années, les géants du Web et quelques nouveaux venus développent leurs outils LLM en les nourrissant de toute la richesse et de toute la diversité du contenu disponible gratuitement sur Internet.

La question des droits d’auteurs

Mais gratuit ne veut pas dire libre de droit !

Une nuance dont peu de sociétés se sont embarrassées. Imaginez que tout le travail que vous avez réalisé depuis des années, voire des décennies, soit utilisé sans même vous citer ou vous proposer la moindre compensation financière (dans la plupart des I.A., il faut demander explicitement les sources dans le prompt pour qu’elles apparaissent ! ). C’est ce qu’ont connu nombre de médias, d’artistes interpètres ou compositeurs, de graphistes, de photographes, de vidéastes.

Au delà de l’immense potentiel de cette technologie, le succès des I.A. risque dont bien d’avoir un goût amer pour les éditeurs de contenu.

L’introduction des synthèses I.A. dans les résultats des requêtes sur les moteurs de recherche

 Depuis quelques mois, Google intègre directement au sommet de sa page de résultats une courte synthèse réalisée par son I.A. Gemini. Dans le prolongement de la position zéro, l’internaute n’a même plus besoin d’aller sur un site pour avoir la réponse à sa question.

Le développement des commandes vocales tend déjà à faire disparaître la source des informations proposées par les I.A. Un point d’autant plus problématique que la crédibilité de tous les contenus ne se vaut pas.

 

Foule en liesse qui lance des massues (pexels / pixabay)

Références universitaires mobilisées pour cet article

– Belleflamme, P., Lambert, T., & Schwienbacher, A. (2014). Crowdfunding: Tapping the right crowd. Journal of Business Venturing.
– Mollick, E. (2014). The dynamics of crowdfunding. Journal of Business Venturing.
– Langley, P., & Leyshon, A. (2017). Platform capitalism: The intermediation and capitalization of digital economic circulation. Finance and Society.
– Ordanini, A. et al. (2011). Crowdfunding: Transforming customers into investors. MIT Sloan Management Review.

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